Une civilisation narcissique met tout en oeuvre pour qu’on ne puisse plus combler les failles narcissiques. Tout appel au monde ne peut plus répondre, toute fenêtre ouverte sur l’extérieur est condamnée. En un sens, on peut dire qu’on ne pourra plus pencher son visage (et épancher son âme) devant une rivière et y voir son reflet, car cela nécessite des fonctions qui n’auront plus cours.
Les morts parlent très rarement en rêve. Ils sont comme nos ancêtres, qui sont morts et ne nous parlent pas, telles des quilles sur un terrain. Ils nous regardent, mais la communication est rompue.
Normalement on se sert de la science et de la technologie pour nous augmenter (ce dont je suis un merveilleux exemple), non pour nous rabaisser ou pour les supplier qu’elles nous augmente.
Comme décrit dans le film Level 16, un monde totalitaire est un monde où la sentimentalité est proscrite, notamment chez les femmes, car cela est contreproductif. Tels le coronavirus et la fièvre, la sentimentalité est l’ennemie du progrès, une source de division et de corruption. Tout comme le jeu de go et l’opium furent passible de peine de mort en Chine. La sentimentalité est une source de réflexion et surtout elle amène à d’autres formes d’intelligence que celle implacablement froide et mécanique. Pire, elle peut être source de morale, de désir et d’utopie.
Une société unifiée n’a plus aucun sens, car elle échappe à toute division au sens positif. Son emprise rend toute discussion folâtre, toute réclamation fortuite et tout engagement inepte. Elle devient une entreprise géante faite d’ateliers divers. Il ne s’agit pas même du capitalisme fou, mais d’un degré élevé de coercition, où rien n’a de sens. Le sens s’est effiloché vers un unique instinct humain, non pas celui de l’unité, mais celui de la paresse. Or les instincts supérieurs ne paressent jamais, ils travaillent, tandis que ses sujets paressent, et tandis que tout le monde dort, l’unité qui n’en est pas une, œuvre à la division fondamentale.
Stéphanie, comme à son habitude fit l’ascension au pas de course d’une colline charmante et boisée. Arrivée au sommet, où une plaine à son ubac dégageait le paysage, elle s’attarda parmi la magnificence des cimes, et attendit que la nuit tomba. Elle voulut faire un vœu lors du passage d’une étoile filante mais rien ne se produisit. Une nuit aigre et réduite s’installa, lui remémorant de mauvais souvenirs d’enfance. Elle avait vécu quelques grâces ainsi que sa futile décomposition dans une nuit qui l’opprimait. Pourtant toujours, elle continuerait à prendre soin d’elle en gravissant le mont.