el círculo del chaparral

L’emprise de l’incertain succombe
Aux gouttes qui se lèvent en ce matin
A la prairie de vertèbres et la semblance
D’une querelle venant des esprits lointains

La page se lève dans la tournure du livre
L’écornure des vêlages bat le plein silence
La salade se mange avec les demi-teintes
Des œillères qui fondent sur ton bassin

La sève déborde comme un nid de poule
Mange et avale les écritures des foules
Il pleut sur la ville dans un esprit d’avril
Tourmenté comme une grâce changeante

(28 / 04 / 24)

L’AMI HISTORIQUE (à un ami imaginaire)

Le coude du paysage et la cordée
Des ailes ploient dans la vérité il baigne
Des auréoles d’avenirs confondus

Le passé trempe dans le vin qui décuve
Le silence est l’or des étuves il n’y a rien
Que le coude et la cornée de la route

Il n’y a rien qu’une ivresse qui reste
Et le seul émoi de se voir envahie
Par des fumées mécaniques et célestes

J’ai passé, et ils passent par ce si subtil
Par l’éclosion de deux personnages historiques
Par l’amitié qui a drainé des foules

Ils ne sont pas antagonistes, ils reflètent
Des expositions et des coups qu’ils feront
Ils sont l’amitié la plus brillante

Dans le chemin que j’avais pris seul aussi
Seul selon que j’en avais terminé
Et qu’une vie nouvelle apparaissait

Le blanc transposait des armes évanouies
Nous étions conquis par la fin des hostilités
Ou bien une civilisation éteinte

Cela était si doux qu’il vient des lignées
Mais des arpèges fusionnaient avec l’aval
Et les tendres machinations avaient cessé

C’était le lot de ce qui n’est plus létal
Ce qui n’est plus rien qu’une virilité
De transparaitre dans le lait dur

De vendre du grain à l’éternité

Quand Charlotte dort

Des pics-verts brisent la glace
Et des élans dominent la vallée
Des rouges à lèvres s’endorment

Des vautours tournent la ronde
Des amérindiens se déguisent
Des beautés se transforment

Des saoulards rentrent chez eux
Des mains tiennent des outils
Des oiseaux de nuit disparaissent

Des ancolies prennent l’air
Des devoirs trainent au sol
Des vipères lèchent des membres

Des scorpions se font déguster
Par des renards des sables mignons
Des aborigènes dorment aussi

Des mers roulent, des forêts
Puisent des rayons solaires
Des chats lèchent leur derrière

Des tempêtes se forment
Des lisières s’oublient
Des rats pissent dans des hangars

Des chants géorgiens résonnent
Des tapisseries sont immobiles
Des ouvriers mangent un sandwich

Des requins dorment à cette heure
Des poissons frétillent
Les pêcheurs font le métier le plus difficile

Des patrons donnent des ordres
Des automobilistes se vengent
Des bourgeois jouent les durs

Des scolopendres circulent
Des quartiers difficiles s’animent
Des cités radieuses s’épanouissent

Quant à moi je suis subjugué
Par ces antennes irréelles
Quand je te vois dormir

LA BOUE SUR LE PAYSAGE

La boue s’est retournée sur le paysage
On dirait du rêve liquide, il meurt
Sur le brun et le vert, le fer
Liquéfie la liqueur de ton espace
C’est une terre à coquilles
Je suis dans le cisèlement de l’arbre
Je meurs dans la trachée de Naples
Je tends vers le gap où siège

La montagne a des eaux qui macèrent
Il n’y a rien de vrai qu’un pur paysage
Il n’y a pas de formes il n’y a pas de vie
Mais une terre liquide il n’y a pas
De longues pénuries le paysage
Se renouvelle d’où viennent
Les longues scories que tu traines

L’aire de jeu pour enfants la ville
Est un treillis et un treuil
Une ruelle et un rêve un parcmètre
Non il n’y a rien que le chien
De Taylor qui exaspère un peu
Le paysage il est mignon
Il m’a saisi au réveil

LA VILLE DE L’ÂME

J’avais fait des bêtises la veille
Au réveil il m’a donné les clés de la ville
Car je ne rêvais plus j’étais plus encore
Que le rêve j’étais dans la ville sans ville
La ville sans village et sans cristal
Rien ne coupait dans cette ville
Que le treuil le treillis de l’âme
Je suis avec le brun et le crépis de la maison
On dirait que le rien s’évertue

Je suis tout je ne suis plus rien
Qu’un irréel une corde un sourire
L’arpège est une mèche de Taylor
Dans la boite ; il n’y a rien de ce qui ne peut
Toucher au membre à pic
Au rêve décoloré

Aux géométries variables
Au silence du sapiens qui noue
Les désirs de la farce qui mitonne
Dans le potager où tu sièges car le monde
Est une boulette de viande qu’on digère
La mère de ce monde est l’amante
Du couloir où se taisent les oiseaux
Et la crête du soulier divague
Dans le ruisseau

DENTS DE LAIT

La femme cache avec sa légèreté d’odieux forfaits
Elle tisonne le silence plus grave encore qu’un cercueil
Avec des dents silencieuses elles aussi

Elle sème des naissances qui ont des cornes
Dans les mains et meurent d’être semblables
A des ailes brisées et des corps échoués

Battant les écumes qui nourrissent ses rêves
Elle détruit ce qui pullule
Et les saillies des rêves d’équilibre

Hu ku ku

Il y a quelque chose contre moi et une autre qui me protège, mais c’est surtout l’écart dans lequel je suis balloté qui est impressionnant, je suis livré à une grève de galets où tout le possible du monde s’accumule, où aucune justice n’a lieu, où le monde entier peut entrer par effraction. Tout est absolument possible, même un atterrissage d’extra-terrestres déguisés en bouteille de soda. Et d’ailleurs une vraie bouteille de soda peut apparaitre et m’exploser à la gueule en crachant des mannequins et des guenons habillées en cornemuse. C’est pour cela aussi que je ris des fois, quand je vois des criquets qui mangent une pizza sur l’empire state building, ou des saucisses qui dansent le hu ku ku sur une chaussette de danseuse étoile, ou encore quand des postes de radio participent aux championnats du monde de cyclisme sur une patinoire dans une casserole d’eau bouillante achetée chez Ikéa. Cela est particulièrement drôle. Mais il n’y a pas de justice pour cela.

MA PENSEE

Je change d’avis et d’opinions comme de chemises
Et je suis dans un grelot d’épines
Je m’y sens bien à vaquer d’idées
Et à divaguer autour d’une belle pensée fixe

Elle est d’entretenir le temps et l’espace
Avec de savantes alchimies brinquebalantes
Elle bouge comme dans le bec d’une cigogne
Et part à l’affut de nouvelles terres

Elle est libre comme un fut de chêne
Et l’ivresse soudaine d’une nouvelle ère
Elle ne récupère jamais d’anciens bras
Mais s’ouvre vers un profond delta

CELLE DU DEHORS

C’est exactement ce que je pensais : elle est libre dehors. J’ai su quand elle chantait qu’elle était libre dehors, et ensuite je l’ai vérifié. J’ai su que par un mystère qui peut sembler douloureux, elle gardait cette fragilité au dehors, légèrement durcie par cet extérieur, mais qu’elle arrivait à en faire une certaine intimité, une présence qui se mêle au décor. Et pourtant une légèreté persiste qui se sent espiègle. Une telle chose, comment la nommer. C’est une forme de liberté privilégiée, une liberté qu’on donne au dehors pour qui ne sera jamais forçat, pour qui aime vivre.


Cela me semblait dangereux, je le voyais mal et j’ai vite souffert qu’elle puisse ainsi fusionner avec le décor dans une bourgeoisie ambiante, car elle n’est pas errante, elle est bourgeoise et elle aime l’errance en moi, qui est un ancêtre de bourgeoisie peut être. Elle aime le forçat et la grande fragilité qu’il est. Elle a transformé les deux pour en faire sa parodie et son amour.


Je la soupçonne de ne pas être moi du tout, je devrais laisser faire cette étrange cocon quelle mène en ma fausse compagnie. Elle me ment. Elle n’est pas mon miroir et il semble qu’il y ait une machination parfois. C’est elle qui dit ces mots bourgeois. Je suis simple et naturel. Je suis altéré, elle me semble si saine.


Rien n’est compliqué ni pour moi ni pour elle, elle choisit des mots qui le sont, je choisis de la sauvagerie. Notre bourgeoisie s’est rencontrée. Elle prend en pitié la même chose qui nous unit : le décor. Des attaches d’arbres, des pelouses. Tout est sain, nous le voulons mais alors. Pourquoi ne pas délaisser une certaine impossibilité.


Je n’ai jamais voulu que la joie.

LA NUIT DU POSSIBLE

L’autoroute transforme les passions
Le déni lui avait dit d’écrire au loin
Le déni ne savait jamais

Un autre n’avait rien éprouvé, il se plaignait
Quand même l’éclair de l’oraison
Avait subi les tensions

Elles s’alimentaient dans les câbles
Et il pleuvait des étincelles loisibles
Dans les terrains du possible

Il pleuvait sur la route, c’était la nuit
Car lointaine n’est jamais ce qui luit
Car la foudre empêche de voir

Car rien ne l’avait pris avant mais celle
Qui avait bu le bénéficie dans cette misère
Avait dans les mains le paradis

Aucun ne savait le tenir. Celui qui pleurait
Ne pleuvait plus mais avait les tensions
Pour lui et intériorisées

Il était le plus beau et le seul pur
Quand se tenaient entre eux les prétendants
Et perdaient ensemble à leur faux plaisir

Il tenait les pylônes et avait l’électricité
De l’or pur et ce qui meurt
N’avait pour lui que des signes de vie

Il n’était jamais triste, sa peau laissait des présages
Il enfonçait des clous dans le paysage
Mais ne faisait rien de ses mains

Les fleurs de l’avenir

Le monde est un cadavre sans fin
Il y a tant de morts, tant de fins
Rien n’arrête la vérité qui se révèle
La vérité de la fin

Il est mort lui aussi, celui là
Qui nous disait l’avenir
Ils sont morts nos beaux béotiens
Et qu’adviendra t-il

D’un monde que l’on négocie
Comment pourra t-on parier l’avenir
S’ils tuent ce qui fleurit
Ce qui fleurit n’a pas d’avenir