juillet 30th, 2022 § 0 comments § permalink

Bras.

À quel point tu peux changer et être subtil
Avec tes bras comme des oraisons
Blanc grenat et blanc grenaille
Du pur ivoire boudiné
Où bat le sang invisible
Qui sème son odeur néant dans les veines
De ce bras si cruel et vivant
Et chaste que l’on aurait à manger sa crème
La rigidité de son émoi

Ainsi posé dans le décor
D’une nature bien normale
Ce si blanc grenat est une invisible.

juillet 29th, 2022 § 0 comments § permalink

Capture

Là elle est sure qu’elle puisse tenir dans les mains qui m’ont prise
Lorsque j’étais si bien logé dans la plante grasse
Et si profondément sis à la place
Qu’il n’y avait plus de souffle
Et que les organes me portaient dans la danse du sang
Et du tain liquide des sources
Des croutes terrestres ocres et sylvestres
Où les plantes meurent et dodelinent

juillet 27th, 2022 § 0 comments § permalink

Hérésies.

C’est le souvenir de la pierre
Qui entre dans leurs mains géantes
Et dans les grandes demeures où bruissent
Les grands profits de la modernité
On a tué la faiblesse qui pensait à raison
Pour des mains caleuses
On a tué ce qui était si faible que la force
Fait le bois des ardeurs

Il ne reste que l’extase première
De se confronter aux heurts les plus durs
Il ne reste que le bonheur
D’entrer dans les phases et les villes
Plein de l’ardeur des domiciles et des voitures

On a tué ce qui était si petit
Qu’il reste les grands pans de ciel
Seulement illuminés
Et seulement jolis dans la nuit

Le béton et la petite herbe ne sont plus de ce jour
Ce qui gouverne dans la main du poète
Ce sont des hérésies qu’on ne peut connaitre
Ce qui est fin et subtil
Ce sont des hérésies lointaines
Ce qui est voué à disparaitre

juillet 26th, 2022 § 0 comments § permalink

La nuit du désir.

J’aimerais aller au fait de ta gloire
Goûter les éponges salines de tes antres
Et aller où le vinaigre défend les positions
Qu’elles soient vierges ou en bute au dehors
Il y a dans les organes des nids et des tissus
Qui s’ennuient dans le vide et qui précipitent
Les mouvements et les lèvres dans la guenille
De cet instant qui échappe à toute entente

J’aimerais dans le réservoir de ce corps qui avance
Les terres et les roches où j’ai puisé un savoir
Une écorce de distance joue à perdre le sens
D’une déshérence où nous semblons encore
Dans le grand monde qui fuit le sang
Dans l’estuaire décharné d’un tissu

juillet 24th, 2022 § 0 comments § permalink

Silence des hauteurs.

Je vis un matou noir et blanc de l’autre côté de l’avenue
Dans une maison de retraite désaffectée
Je m’approchai pour le voir
Je ne l’intéressai pas
Mais il avait des yeux vivants

Il avait des yeux légèrement humides
Sans ne rien dire ce matou ni être affecté
Comme le bâtiment blessé à l’abandon
Matou sauvage, matou qui ne gagnerait rien ce soir
Qu’une petite pitance

Ce matou ordinaire et vif, matou qui ne demandait rien
Poussa un léger grognement puis s’allongea
Je le quittai après ma petite visite
Dans le clair-obscur du soir

Il s’allongea un peu à l’écart de la porte espacée
Où j’avais pus lui caresser le bout de la tête
Il était sauvage comme un garçon
Livré à lui-même mais n’aimait pas la musique

Il n’aimait rien que ce silence vague
Et ce préau où rien d’autre ne gisait
Que des amas de monde

**

Il n’aimait rien que le silence
Et le cliquetis de la nuit
Matou sale et déclassé sans famille
Matou désespéré et sauvage
N’aimant ni le bien ni le mal
Matou qu’on laissa ainsi mourir
Dans le mouroir de nos souvenirs

Ce matou sale et lugubre
Avait pourtant un visage à construire
Dans le malheur des jours qui meurent
Le matou trône et disparait
Le matou sans hiérarchie s’invite
A la table de l’abandon

juillet 20th, 2022 § 0 comments § permalink

Sismographie de l’instant.

J’ai battu la belle, de ne savoir plus
Comme la chaleur est un élément de pluie
Et de force et de grêle dans l’appartement
J’ai versé l’eau noire de je ne sais quel prurit
Sur la face argentée de la mièvre
J’ai prié dans une grande hémorragie
Que se fassent les nids d’abeilles
Et les secours princiers dans le temps qui règne

La vieillesse est morte et il est venu le seul secours
D’un règne et d’une durée fine et légère
Chargée d’un humour omniscient

On pouvait presque manger la reine

29 / 03 /22

juillet 17th, 2022 § 0 comments § permalink

Antique

Des images qui se concentrent
Sur le dos de la cuiller et la couleuvre
Eteinte et obscure serpentent
Dans mes veines et la masure de ce jour

Où sont vraiment suspendues les lignes
Et les têtes enlacées à la fontaine
Comme des liqueurs dans les hymnes

juillet 17th, 2022 § 0 comments § permalink

Lisière

(Dans la forêt où partent ensemble
Les mauvais oiseaux et les méandres
Les tremblements de pacotille
Les poisseuses années qui s’invectivent
Et les orduriers mélanges
Des racines et des anges)

juillet 14th, 2022 § 0 comments § permalink

Des branches dans la nuit.

Les tours sont sanguines et volages
Les tours sont des voiles meurtrières
Dans la nuit épaisse et dure sont les pointes des arbres
Ils fustigent la terre et l’air bleu et sauvagement noir
Comme des têtes amincies

Les tours sont des stations qu’on abrège avec le crin des branches
Avec le sel qui coagule sur les tendres dernières
Epreuves dans ce nid scolaire
De la grande proie qui s’horrifie
De n’être jamais passée au-delà
Et s’être vaincue elle-même

Et toujours restée dans cette alvéole et ce fossé
Dans cette nuit singulière d’être le miasme
Et la totalité féconde qui a vécu et vient mourir
Et vient prendre le plaisir de cette nuit
Dont les branches mangent

Et s’expriment dans la pauvreté infinie

juillet 7th, 2022 § 0 comments § permalink

Je ne suis pas vraiment sûr que le manque aboutisse un jour à la meilleure des nations. Ce manque total d’existence ne fera pas du progrès une chose loisible. L’otium n’est pas le negotium. Je ne crois pas non plus qu’on progressera autrement que par le négoce. Et pour finir je ne crois en rien de ce qui existe. Je dois croire en une sorte de diable qui est celui qui aime ce qui n’existe pas, celui qui nous fait rêver, et celui qui accomplit notre destin. Dieu n’a jamais voulu que nous progressions, il est le garant de toutes choses, mais le diable nous a montré des voies qui ne dépendent pas seulement de la stabilité et de l’ordre, il nous a ouvert les voies du paradis. Ce paradis a été bafoué par les hommes du progrès et de la croissance. Mais attention : tous les hommes et les femmes du progrès et de la croissance, et surtout ceux et celles qui veulent un monde meilleur. Le diable est mort, et nous avons dieu pour nous servir. Nous punira-t-il que nous ayons exécuté son ennemi ? A coup sûr non, mais il fera de nous les garants de ce qui existe, et ceux qui encore ont un bout de rêve et d’indicible au bout des doigts, comme une soie éphémère, verront ces doigts bruler, bruler encore jusqu’à ce que la sensation de brulure les fasse trouver dans les médecines du confort ce qui existe et qui n’est pas inflammable.
Les maladies se propagent encore, plus que jamais les symptômes existent, mais ce sont des symptômes qu’on règle toujours et encore avec ce qui existe. Et ce qui existe je vous le dis, c’est ce qui fera taire le monde irrémédiablement, c’est ce qui avalera les rêves de ceux-là également qu’on eut les mystiques et les chrétiens, car les rêves ne sont pas de l’ordre de ce qui est juste et sensible, mais de ce qui dévalorise l’existence. L’humiliation ne sera plus permise, le cynisme non plus. Mais l’existence sera si prompte à exercer ses règles et ses lois que la matière sera bénite comme de l’or, et toutes sortes de matières ; celle de l’économie comme celle du corps qui n’on jamais été que les mêmes choses. Celle du progrès des moeurs comme celle du conservatisme, qui entretiennent une foi démente à ce que l’ordre règne.
L’ordre est une bulle de savon, prête à éclater. Elle éclatera si jamais les cornes du diable viennent à sortir de la matière, mais vous savez bien que le diable s’est joué de la matière et qu’il est tombé à terre, tout au fond de la terre, parce qu’il n’a jamais pu vivre dans le creux et à la surface de la terre. Il a fallu l’enfouir, si profondément que le ciel l’a oublié, si profondément que les astres ne le regardent plus. Et le rêve de la raison, le rêve qui d’ailleurs l’avait tant aimé, a sombré aussi – car la raison est un rêve de ce qui n’a jamais existé.

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