mai 11th, 2017 § 0 comments § permalink

 

Il n’y a, à vrai dire pas de distinction entre l’intellect et l’affect. Il n’y a pas non plus d’égalité entre eux. L’affect est une simple émanation de l’intellect. Ce monde est un tissu intelligible auquel on apporte du sens dans son rapport à soi. Certaines personnes ont un intellect plus développé, car leur place au monde s’est révélée être plus singulière, principalement avec l’apport de la civilisation.
Quand les choses ont du sens, l’intellect est stimulé, éventuellement il irradie vers l’affect, mais on ne peut pas dire que l’affect soit une chose en soi. Hors de sa dépendance avec l’intellect, il n’a aucune existence. Les sens ne sont qu’un moyen très primaire de percevoir le monde. Ils sont une nécessité première, ce n’est pas d’eux non plus que vient le trouble, mais de leur relation à l’intellect.
Le monde est intelligible ou ne l’est pas. Ceux pour qui le monde produit du sens, seront confrontés à l’intellect de manière plus subtile que d’autres dont les instincts sont restés plus primitifs. Quand l’intellect est stimulé, le monde irradie, et selon un mélange particulier avec les sens, il produit du sens, car à vrai dire sans le sens, les sens n’ont qu’une utilité pratique.

mars 26th, 2017 § 3 comments § permalink

 

Je lis tout le temps. Il m’est impossible de savoir ce qui se produit autour de moi. Je suis plongé dans ma lecture. Je sais bien que la lecture est une forme de silence, je sais que rien ne peut lui porter atteinte dans le silence, et qu’en dehors de lui, rien non plus ne communique avec la lecture, car elle est une paupière tellement close qu’aucun trouble ne l’atteint. Cependant je lis depuis des années, et peu à peu ce piège de silence s’est refermé sur moi. Peu de choses me dérangeaient, mais en cultivant le silence d’une manière si fréquente, bientôt ce silence est devenu méthodique, sans que je m’en rende compte. Je ne tolère plus aujourd’hui autre chose que le silence, et ce silence qui était le fruit de la lecture est devenu sa condition. Si le monde ne m’ébranlait pas en dehors de la lecture, aujourd’hui tout m’ébranle, le moindre petit accroc. Car l’accroc est comme une balle tirée dans le corps, elle ne le perturbe pas seulement, mais elle détruit son organisme. Rassurez vous je ne suis pas fou, je tolère les accrocs, seulement je dois faire avec, et des accrocs répétés m’enflamment tout autant que la lecture m’enflammait avant quel que soit le contexte. (…)

septembre 20th, 2016 § 1 comment § permalink

 

Le souvenir que j’ai de ce rêve, récurent à l’envie, c’est cette si nocturne, si mutique route de nuit, à la périphérie, que je dois prendre, que j’aimerais prendre si je pouvais me le permettre, et qui mène vers des puits, tangibles et inexistants à la fois. Océan de calme et de silence, réduit à un abandon fixe, cloué dans la terre meuble sans qu’aucune balise ne puisse envisager un retour. Cette route méditerranéenne nocturne, c’est le Chemin de la plaine des Dés, que j’ai souvent pris vers mes dix huit ans. Ce chemin de désert de soleil, de goudron agressif, de lignes ferrées et d’insectes grésillant le jour, pourquoi seul son pendant nocturne me vient en rêve ? Je l’ai pris aussi la nuit, et m’y suis empêtré en pleine nuit autant que le jour, mais le rêve ne retient que cet oxygène qui me manque, ce passé-sous-silence de la nuit. De mystérieux liants me ceignent et des silences comblés à peine menaçants, des appels germaniques peut-être, en plein climat méditerranéen. Ce chemin (qui est en fait une route) je ne le prends jamais en rêve, sa côte semée de pins et de cyprès dans un air du soir tétanisé je ne peux pas y pénétrer. Peut-être que la pression y serait trop forte, possessive, pétrifiée. Je refuse de le prendre, et je sais bien que la grande route qui le longe n’a que peu d’intérêt.

décembre 10th, 2014 § 0 comments § permalink

 

Il n’y a jamais eu que des sensations à chaque commencement, des sensations qui émergeaient d’un chaos, nécessaires ou confuses, et qui désignaient le monde tel qu’il était. Mais les religions monothéistes, les civilisations qu’elles enfantèrent, tout ce qui s’ensuivit et qu’on nomme modernité : idéaux, humanismes, démocratie, voilà ce qui est venu greffer des sentiments sur le dos des sensations, des blocs primitifs, granitiques. Nous avons intellectualisé le monde, les sens en l’occurrence, et nous n’avons jamais autant mis l’homme en garde contre ce qu’il ressent dès lors que nous l’avons intellectualisé.

décembre 10th, 2014 § 0 comments § permalink

 

Je suis connu. Je rentre par les bords du périphérique. Des voix dans la tête. Les voix apparaissent au moment de l’étrangeté, au moment où deux choses ne coïncident pas entre elles. La première est cette impression d’être connu, la seconde un état de parfaite isolation dans un brouhaha immense alentour.
Cette distorsion entre ce silence obsédant de la nuit et cette intime conviction que le monde gueule à tue-tête fait intervenir les voix. Je ne les perdrais pour rien au monde, au contraire je les cherche plus que tout. Je cherche cette tension qui est une chose qui arrive, puisque rien ne m’arrive de très précis.
Cela me tient en éveil, j’apprécie particulièrement la gêne occasionnée par la vue des passants, les propos que je prends au vol et qui me sont adressés. Celui-là je le connais, ou bien tu as vu qui est passé. C’est tout à fait délectable.

1 texte

décembre 5th, 2014 § 0 comments § permalink

 

Il y a un panneau de signalisation. Il penche, et indique une impasse. Je prends tout droit et entre dans un domaine. La nuit grésille. C’est un domaine de pins sur une route granuleuse. Il y a cette même maison qui m’inspire une passion démodée, mais mille fois plus porteuse qu’une autre. Plus loin, la route vomit des panneaux publicitaires insipides, les voitures sont des stéréotypes dont on a menti sur les mérites, dans des publicités profondes comme le néant. Cela sent la friche industrielle et les baraquements commerciaux. J’ai l’avantage d’être absolument extérieur à ce monde du travail. Toute appartenance exclue, j’avance, perclus au-dedans de cette même résine de pin qui ne m’appartient pas non plus.

novembre 7th, 2014 § 0 comments § permalink

J’ai perdu la raison.

Elle nage dans une sphère, qui ne peut être démêlée. Quand je dis une sphère, je parle d’indépendance, de ponts coupés, d’une véritable brisure. C’est un sphinx, un long et sinueux sphinx, vainqueur du temps, sujet au vent et au sable.

Mais cette raison perdue, elle n’est pas dans les déserts, elle est dans la beauté et la laideur de la ville. Des caniveaux aux esplanades, des bâtiments modernes aux déchets qui leur collent à la base. Cette raison perdue est un sac en plastique, son héritier le plus noble, le plus sujet à la modernité.

Elle a besoin, cette raison qui nage, perdue ou pas, de bière et de ces nappes, de bonheur. Le bonheur dont elle a besoin, c’est la force granitique et sablonneuse d’une pensée tue, c’est la vérité du silence, la confiance dans les simples bruits citadins, la beauté de ce mécanisme qui se déroule, recherché, affiné par le nombre de passants et de passantes qui lentement, se sont accumulés dans cette même raison, et lui ont fait un logis.

Cela est sûrement banal, car cela ne recèle pas l’exacte présence, l’exact bruit ou l’exactitude de n’importe quel autre sens qui en fin de compte sont la seule chose qui a pu nous constituer. Ce n’est là qu’un échafaudage abstrait, muni de quelques adjectifs qui désignent bien peu cette exactitude.

Mais le temps s’est fait, l’expérience a mué, et je vous laisse le choix de faire d’un tableau résigné par la nuit, la fatigue et l’âge, le terrain, le tremplin d’une existence entière, débarrassée de toute gravité, peuplée de ce seul néant, ce seul logis qui est venu s’y nouer confortablement, comme un chien auprès de son maitre.

Fragment sur l’éternel retour

juin 21st, 2014 § 3 comments § permalink

 

Je résume : le monde est né du chaos et s’achemine vers le chaos, c’est une loi généalogique. Seulement ce chaos se vainc par lui-même, triomphe de lui-même puisqu’il se régénère par lui-même.
Je suis convaincu que ceux qui ont le trône de l’intelligence, chez les décadents, connaissent tout à fait ces lois dont ils sont les acteurs, que la part de néant qu’ils acheminent vers l’avenir est parfaitement assimilée. Quelle conscience proprement voluptueuse de se savoir l’acteur du néant, de la fin, tout en étant au sommet de la jubilation et sans être épargné d’une certaine morale : celle que les lois sont ainsi faites et que les forces de la naissance survivront à la fin prochaine.

A une économiste

mai 23rd, 2014 § 0 comments § permalink

 

Vous êtes une patricienne madame, vous ne faites que soliloquer autour du superflu qui trône au-dessus de la tête des gens.
Vous ne savez rien du monde extérieur, mais tout des émanations de votre cerveau qui agitent votre langue.
Vous balbutiez accolée à la bouche du néant et réclamez votre dû : cent fois le salaire des pauvres gens !
Ceux-là qui trinquent et oeuvrent, vous puisez leur labeur du fond de votre imaginaire abstrait et y faites fortune.
Et ce sans vous y frotter, mais simplement en esquissant des portraits de groupes évasifs. Vous êtes une gamine qui trace des hiéroglyphes sur la buée des vitres.

mai 23rd, 2014 § 0 comments § permalink

 

Vous n’assisterez pas, monsieur les rêveurs, à cette sorte de monde hybride qui nous survivra. L’homme périra par lui-même et aucun processus naturel ne fera de lui un dragon ailé supérieur.
Il faudra attendre que le premier singe veuille se lever sur ses deux pattes pour que la même comédie recommence.
Ce n’est qu’isolément dans votre imaginaire enfantin qu’un peuple surnaturel succédera à cette crispation spirituelle que nous connaissons.

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