mai 29th, 2017 § 0 comments § permalink

MAURICE SCEVE

 

Dans la fournaise où Scève
Fit de tendres poèmes d’amour
Des poèmes unité
Où transpirait le fruit de son malaise
De la sève montante à la tête d’épingle
Où passait le chameau de l’amour
Où chuintaient les larmes d’amour
Et mendiaient les bouches spirituelles

Fièvre qui passait du jour
A la fournaise de nuit
Où se confondaient les labeurs
Les heures lentement construites
Seul le poème avait l’unité
L’ajournement, la faveur
Du temps hospitalier

Fièvre d’éros d’un simple fruit
Simple labeur sans contrainte
Que d’écrire la graine noire des fraises
Le derme rouge des bouches
Et la saveur mendiante du désir

Poème du 20.01.2007

mai 28th, 2017 § 0 comments § permalink

 

L’instant gênant,
irrité,
blasphémé, l’orgueil piqué,
les montées vulgaires,
hors des belles choses,
croulant sous la honte
le poids nerveux de la fange amassée

Au bout de la langue,
l’ennui éclaboussé des frémissures chaudes,
le cœur amoureux des pics chahutés,
frustré d’une terre nivelée
Sans mot à dire et sans bras
pour étrangler
l’ardeur d’une vie bouillante

Cirage

mai 27th, 2017 § 0 comments § permalink

CIRAGE

 

Murielle non je n’ai pas le temps pour tant de soma
Non pas le temps je suis ivre
Je peux juste m’immiscer dans ta cellule
Qu’est le corps l’enveloppe de marbre qui te scelle
Mais vois tu ivre
Rien ne pourra exulter que des mots
Des trames de mots lancés à ta bouche
Des rires satisfaits d’eux-mêmes
Rien de tangible
Qui ne s’écarte de la dureté du cuir
De ton derme fermé
Par l’ivresse débile
Par des mots creux qui font rire

Je scelle néanmoins l’alliance des mots
L’alliance sans consistance
De la réalité qui nous habite
Je parle je parle je parle
Jusqu’à malmener l’ivresse
Vers une orgie verbale, vers l’émail blanc
De tes dents qui saillent
Je bois ton corps, tes pans de chair qui s’exclament
D’une vérité outrancière
Que je saisis à peine
Qui est la mie de pain de nos âmes
La parole ne sert-elle qu’à participer
De l’éclosion future
Des corps rassérénés
Par des volutes de rire

mai 27th, 2017 § 0 comments § permalink

 

Je sortais dans une irrésistible envie
De déglutir, d’engloutir la chair du dehors
J’avais sur moi l’équivalent du paradis
Un système de récompense permanent
J’étais sous l’influence du carotène
Qu’on donne aux enfants pour ne pas qu’ils soupirent
Le dehors était calme, comme un paravent
Sous un soleil qui s’immergeait dans le temps
Le carotène me faisait marcher
Doucement, foulant les airs émaciés
Des gens méchants qui passaient
J’étais libre comme un éléphant en cage
Rêvant de savanes et d’immensité

mai 26th, 2017 § 0 comments § permalink

 

Les poètes sont faits pour l’onde
Ce sont des branleurs qui ne savent construire
Autrement qu’en se réfugiant dans l’onde
Car les choses sont plus faciles
Et qu’il n’y a rien à faire
Qu’à pénétrer l’onde si ce n’est elle
Qui nous pénètre

C’est un bonheur simple, gras, fat
Mais immense, sans maladie, intense, fin
Le refuge des âmes sensibles
La transparence de l’existence
Dont on ne sait rien
Que la transparence
Et l’irradiation

Il n’y a de matière qu’un léger bruissement
Du rien qui nous frappe
L’onde qui pénètre
Comme une plainte invisible
Tourne et s’évanouit

Les poètes sont des venins de couleuvres
Doux et inoffensifs
Pénétrés de l’onde du rien
Du manque de travail et de courage
De l’indifférence bouddhique
Et du calme martial de la vie

La dernière ramure évanouie
Le savant mélange de l’atmosphère
L’ozone et sa couleur qui s’anéantissent
Dans le bain de ce même ozone

mai 21st, 2017 § 0 comments § permalink

 

Cet être éreinté par tes tempes défaites
Assujetti au trouble comme un corset
Se joint aux touches de ton squelette

 

 

 

Je ne vois pas tes sereines cellules
Ni la graisse bleutée qui saille de leurs formules
Mais seule la danse de peupliers flottants
A la bouche de la fenêtre
Comme des grelots dansants.

poésie chrétienne 2

mai 18th, 2017 § 0 comments § permalink

 

Dormez bien petits enfants
Dormez bien, pères et mères
Car Christ le sauveur est là
Christ le sauveur est là !

Le monde s’est changé en pierre
Et le feu a trahi les paupières
Les balles ont fusé sur la nuque
Des enfants chargés de prières

Dormez bien petits enfants
Dormez bien, pères et mères
Car Christ le sauveur est là
Christ le sauveur est là !

Le poids du feu rageur
La rouille du fer oxydé
Ont déversé leur matière
Sur les enfants éplorés

Les pères ont piétiné
L’échine de leur aimée
Personne n’a appelé
Personne n’a crié
Dans la nuit outrée

Dormez bien petits enfants
Dormez bien, pères et mères
Car Christ le sauveur est là
Christ le sauveur est là !

poésie chrétienne 1

mai 18th, 2017 § 2 comments § permalink

 

Elle a pleuré son fils
Puis a retiré ses lèvres
De la couronne du Christ
Qui charriait les supplices
Qu’elle avait endurés

Ses pleurs et ses cris
Son amer repli
Sa joie dans le dépit
Les pleurs du monde
Christ en a fait l’onde
Où dorment les petits

Elle a pleuré son fils
Elle a dressé son poing
Sur le porche de l’église
A frappé du poing
La voûte de l’église
Mais Christ lui a dit tout bas
Christ lui a dit des voix

Longtemps ses fils, ses petits fils
Ont embrassé le Christ
Puis ses fils, ses petits fils
Ont levé le poing
Sur la voûte de l’église
Mais Christ leur a parlé tout bas
Christ leur a parlé tout bas
Christ leur a dit des voix

Certains de ses fils, de ses petits fils
Ont tant souffert son poing levé
Sur l’échine de l’église
Qu’elle s’est affaissée sur ses assises
Et que l’angoisse s’agitait
Comme les rires et les pleurs
Mais loin de toute église
Les rires ont déserté la peur
Les peines ont souffert la terreur

Elle a retiré ses lèvres du front du Christ
Mais Christ l’a embrassée deux fois !
Christ l’a embrassée deux fois !

Poème retrouvé

mai 17th, 2017 § 0 comments § permalink

 

[tu transpires un jeûne
cette même ascèse qui me fit percevoir
les ganges, les aciers, les plaines, les terroirs

la soif de marcher, marcher dans les bordures
sur les coteaux et leurs vignes, dans les périphéries
dans l’hallucination d’un rêve

mais tu ne l’es pas tout à fait, tu n’es rien
qui ne soit tracé, raturé, tu es ironiquement
saline, ascendante, métaphysique

le rêve ne te réussit pas, tu es son vivant miroir
la route droguée, chargée d’histoire à ce point
qu’aucune mémoire ne vient m’encombrer

à ce point que je vois les indes et ses dangers
les labyrinthes et les milles contes hallucinés
les premières étoiles qu’ont traquées les nomades

les pèlerins qui portaient cette glu, cet éternel
appétit de suivre on ne sait quoi, ce mouvement
qui même endormi agitait le ciel et la poussière

cette même glu je ne la quitte pas elle est pire
qu’une mer qui semble un terme ou un départ
elle colle comme un juillet omniscient]

(suite)

mai 16th, 2017 § 0 comments § permalink

 

se dérègle
se vend
à ce qui la répugne

récif fouetté par une lame compacte
faite d’hommes
réceptacle d’une mer agitée