Claire Ceira

sous-marins, sous-mariniers

par claire le 17 janvier, 2022

Il y a quelques jours, je regardais un film dont les premières images sont celles de la lente avancée d’un sous-marin sous la glace. Mouvement glissant dans cette lumière bleue, forme sombre et parfaite, vaguement menaçante, je me suis dit que j’aimais bien les sous-marins.

Ici, à Toulon, se trouve une des deux bases des sous-mariniers de la Marine Nationale, cachée quelque part dans la presqu’île de Saint-Mandrier. L’autre base est à Brest, de nombreux marins vont de l’une à l’autre, et dans le joli petit port de Saint-Mandrier se trouve une merveilleuse crêperie bretonne. Elle n’a rien à envier à celles de Bretagne, qualité des crêpes et couleur locale garanties. Le soir, on dîne entouré de jeunes marins très animés.

J’ai eu l’occasion de visiter un sous-marin, au cours d’une de ces journées où les habitants de Toulon sont conviés à venir visiter des navires de type variés, militaires ou civils. La base navale est alors ouverte, on fait la queue sur le quai et on monte à bord, accueilli par l’équipage qui vous explique la vie quotidienne, les équipements, les missions. Les Toulonnais aiment (ou plutôt aimaient avant le covid) beaucoup ces journées. Il y a pas mal de familles ici dont un garçon ou une fille s’est engagé, et tout autour du port circulent ces jeunes gens, souvent avec d’énormes sacs sur le dos… ou bien ils se prélassent au café « Des cinq mondes » juste en face des grilles du port militaire. On raconte que la vie à bord est souvent compliquée au niveau sentimental… il est loin le temps où on pensait qu’une femme sur un bateau portait malheur !

Vivre dans un sous-marin paraît presque inimaginable quand on le visite, la pensée se rebelle devant ces espaces minuscules, cette promiscuité permanente, l’enfermement ; on imagine des hommes-anguilles. Mais pour certains, je sais que c’est au contraire une expérience qu’ils apprécient. Je repense à la méthode « Tomatis », qui prétendait soigner certains troubles psychologiques par l’audition au casque de voix humaines déformées comme elles le sont dans le ventre de sa mère. Il doit y avoir de cela dans le monde sonore d’un sous-marin. Reste l’autre représentation qu’on ne peut pas tout à fait éviter, celle des accidents qui engloutissent parfois navire et équipage au fond d’un monde d’obscurité, et souvent dans une énigme définitive. Toulon a vécu cela aussi, à quelques miles de son port.

Quand est sorti en salle le film « Le chant du loup », qui raconte l’histoire d’une « oreille d’or » – un de ces sous-mariniers chargés d’épier les bruits sous-marins et de repérer, reconnaître, identifier tel ou tel bruit d’hélice, tel ou tel écho – nous avions derrière nous des connaisseurs qui chuchotaient dans le noir, commentant la véracité des situations et les bruits entendus. Apparemment, le film était assez bien documenté. Une de mes amies connaissait un de ces surdoués de l’audition, capables de discriminer et de mémoriser des centaines de sons, capables de rivaliser avec les sonars et les banques sonores. Elle racontait qu’il ne sortait jamais de chez lui sans protection auditive, et qu’il était un peu particulier.

Je viens de lire « 20000 lieues sous les mers ». Je n’avais lu que la version enfantine de la bibliothèque verte. La fascination de Jules Verne pour le monde sous-marin est évidente, en particulier on est stupéfait des listes d’innombrables créatures marines qui émaillent le texte. Un des personnages est d’ailleurs envahi par la manie de la classification. Et la description altière du personnage du capitaine Nemo, celui qui a juré de ne jamais retourner à terre, a quelque chose d’amoureux. Je me fais la réflexion saugrenue qu’aucun personnage féminin n’a jamais bénéficié dans un roman d’un portrait aussi admiratif, ébloui, mais j’ai peut-être tort. Quels rêves de fuite et de transgression Verne a-t-il vécus à travers ses personnages, lui qui menait une vie confortable, laborieuse et considéré

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