Claire Ceira

IMAGES

par claire le 4 mai, 2022

1
elle est assise dans l’étonnante lumière
qui découpe sur son visage un souvenir d’orage
ou d’énigme
elle regarde ses mains que la lumière déforme aussi.
baisse-elle les yeux pour les protéger des zébrures blanches
qui devant elle
courent sur un mur ?

un portrait si absent, méconnaissable
l’abstraction d’une présence : une robe sombre
des cheveux sombres
où la lumière met des flammèches.
et cette lumière violente et douce, froide et pâle
fait un chemin aussi autour de ses yeux,
de son nez et de sa bouche.

elle se laisse utiliser comme une toile,
le laisse dessiner son idée sur elle,
elle s’en remet
à l’idée, la beauté.

beauté sur sa beauté
abstrait sur humain
tout disparaît presque.

2

mon enfant s’est enfoncé dans la haie, il cherche quelque chose.

mon enfant dans la haie, au fond de la haie, sous les feuilles petites
n’a laissé dépasser que sa jambe et son pied.

de ces lieux que les enfants explorent, avec les insectes gris
dans le secret, l’ombre,
ils laissent à la porte
nos corps maladroits, trop grands.

on s’arrête, on n’appelle plus, saisi de nostalgie lointaine :
notre corps petit était accordé à la magie
il suffisait de ramper pour y baigner
d’être accroupi pour que le temps s’arrête.

alors les parents vous appelaient
du bord de leur monde
où ils vous veulent
debout ou assis.

3

la nature a créé l’herbe et la terre,
la mer comme miroir, les graviers les roches,
mais l’homme a créé l’asphalte.

sous la pluie
lui vient cette beauté que personne n’a prévue
qui luit et ruisselle, soyeuse
ou bien elle s’étend dans sa poussière sèche
brûlante sous un ciel d’été.

l’homme marche sans le voir
sur sa souplesse rugueuse, souillée
ignorant le dessin hasardeux des fissures,
les bosses des racines ou des herbes
qui cherchent l’air libre.

il y a le jeu des lumières :
celles du soir saignantes et d’or
celles du matin
quand c’est l’aube en hiver et qu’il va faire beau,
et la lumière rasante et rousse
qu’on trouvait en rentrant le soir
quand on allait vers l’ouest.

sous cette clarté variable, on peut voir les dessins des hommes
peinture des passages piétons, lignes symboliques
à demi-effacées souvent
par les pieds, les roues.

4

le grand chien noir
sur la neige blanche
ressemble à un chien du moyen-âge
avec ses oreilles pointues, son ventre avalé
– quand on savait encore dessiner les démons.

comme un présage, un émissaire
ses griffes sur la grille, sa tête tordue.

promenant tout seul sa quête
par ce jour de neige
dans le parc de mon enfance
là où je passais des heures à rire
à courir.

il ne court pas ne joue pas
on dirait un tueur
furtif et muet, incompréhensible.

2 comments

Les 2 premiers sont moyens, le troisième est bien et le quatrième est génial.

by Florian on 6 juin 2022 at 9 h 20 min. #

Ils sont tous écrits à partir de photos. Le dernier, c’est un cliché de Joseph Koudelka, pris en 87 au parc de Sceaux.
Je l’ai écrit quelques jours après l’invasion de l’Ukraine.

by claire on 6 juin 2022 at 18 h 42 min. #

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