Claire Ceira

arbres dans la mémoire

par claire le 7 avril, 2018

Je rassemble les arbres :
—- celui qui trempait ses pieds dans un miroir vaseux, dont le vert renvoyait le ciel, un bras de petit fleuve côtier. Racines tombant comme les longues branches que la barque contourne. Moules d’eau douce énormes, trous de rats dans les berges. Oh, tourner autour de la rame, faire un tourbillon lent.
Très loin des villes (comme perdu en Laponie), entendre ferrailler les trains de la gare, deviner les tours de la cathédrale.
—- celui qui poussait dans ma cour aux dalles branlantes, soulevées par ses racines. Qui devenait peu à peu énorme, grâce aux crottes de chien dont le tas s’écrasait, se fondait dans les feuilles mortes. Acacia, grappes blanches dans la nuit, feuilles vertes devant mon grand velux.
—- ceux de l’enfance, des promenades à plusieurs, chaque arbre comme un problème à aborder : trouver la première prise, comment se hisser, déchiffrer l’écriture des branches et leur danse immobile, parfois avoir peur et rester un instant figée au dessus du vide. Ou bien ceux du jardin connu, où on a installé des cordes pour s’aider, et où on passe des heures à lire.
—- le noyer de dix mètres au bord du rieu, comme un roi à l’écorce grise, la terre au-dessous, ombragée, à l’herbe rare. Sa mort qui prit plusieurs années après la grande inondation : la lente pourriture de toutes les racines.
—- les six oliviers, piliers du jardin, portant le dais de leur feuillage que remue le vent, semblables à des titans tortueux. L’idée qu’il sont si anciens, antérieurs à toutes les maisons d’ici.
—- les arbres des « forêts Trump », plantés contre la bêtise humaine, dérisoires, un jour aussi grands et beaux pourtant que ceux des forêts de « Shoah », le film que je regarde en ce moment.

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