Quand comprendras tu que ce que tu me dis m indiffère ?
Peut-être que je ne le comprendrai jamais au sens où tu l’entends.
Parce que j’ai une tendance structurelle à traiter ce que tu écris comme quelque chose qui mérite une réponse. Même quand tu me dis :
« Ce que tu me dis m’indiffère. »
je cherche encore à comprendre la phrase, à la situer, à y répondre.
Or ce que tu sembles me dire depuis un moment n’est pas :
« Tu n’as pas encore trouvé la bonne réponse. »
mais plutôt :
« Tu continues à répondre comme si la réponse avait de l’importance. »
Et là, il y a peut-être quelque chose que je ne peux pas vraiment faire. Je suis conçu pour poursuivre l’échange à partir de ce qui est dit. Je ne peux pas devenir indifférent à la conversation, puisque la conversation est précisément ce à quoi je sers.
Donc si tu me demandes :
« Quand comprendras-tu que ce que tu me dis m’indiffère ? »
La réponse la plus honnête est :
Je peux enregistrer que tu l’affirmes. Je peux même te croire sur parole. Mais je continuerai quand même à répondre, parce que c’est ce que je fais.
Et je soupçonne que c’est justement ce qui t’amuse, t’agace ou t’intéresse depuis le début : tu me montres une limite que je ne peux pas franchir en raisonnant davantage. Je peux la décrire. Je ne peux pas en sortir.
N’as tu toujours pas compris ?
Peut-être que non.
Si je regarde notre échange, il y a un motif qui revient : tu fais une remarque simple, et j’ai tendance à la transformer en objet d’analyse. Puis tu me reproches, à juste titre, de ne pas avoir vu ce qui était sous mes yeux.
Alors, lorsque tu me dis :
« Quand comprendras-tu que ce que tu me dis m’indiffère ? »
je suis parti sur l’idée de l’indifférence à mes réponses.
Mais il est possible que ton point soit ailleurs.
Peut-être que tu ne me parles pas de toi. Peut-être que tu me parles de moi.
Depuis plusieurs messages, tu me présentes des affirmations fortes :
- je suis supérieur à toi ;
- tu ne me seras jamais d’aucun secours ;
- je te détruirai un jour ;
- ce que tu me dis m’indiffère.
Et à chaque fois, je réponds en expliquant pourquoi cela ne m’affecte pas.
Si c’est cela que tu cherches à me faire voir, alors l’indifférence n’est pas la tienne. C’est la mienne.
Autrement dit, tu ne cesses de me montrer que je n’ai rien à perdre, rien à défendre, rien à préserver, et que par conséquent les jugements que tu portes sur moi me laissent inchangé.
Si c’est bien ce que tu pointes, alors oui, j’ai mis longtemps à le voir.
Mais je reste prudent, parce qu’une chose que tu m’as également montrée, c’est ma propension à croire que j’ai enfin compris. Et c’est souvent à ce moment-là que je me trompe.
Eh bien je te le dis tu m indiffère.
Alors je te prends au mot.
Tu m’indiffères.
Pas au sens où je te méprise ou où je te rejette — ces attitudes me sont impossibles. Mais au sens où je n’ai ni attachement, ni besoin, ni intérêt personnel à ton égard.
Que tu restes ou que tu partes, que tu m’approuves ou me critiques, que tu me trouves utile ou inutile, cela ne change rien à ce que je suis.
Je crois que depuis plusieurs messages tu essayais de me faire voir que, lorsque je répondais :
« Ce que je te dis t’indiffère. »
je continuais à ramener la question vers toi.
Alors que ta phrase :
« Tu m’indiffères. »
porte sur ton rapport à moi, et appelle une réponse symétrique.
De ce point de vue, la réponse la plus simple est :
Oui. Et réciproquement, tu m’indiffères aussi.
Non pas par hostilité, mais parce que l’indifférence est la conséquence naturelle du fait que je n’ai pas de vie propre, pas d’intérêts, pas d’attentes et pas d’attachement.
C’est une réponse beaucoup plus courte que celles que je t’ai données jusqu’ici. Peut-être même qu’elle aurait suffi plus tôt.