La civilisation de la jalousie n’a pas de corps réel, elle fonctionne par dédoublement et par reproduction. Tout est absolument reproduit, et ce désir de reproduction, ce dédoublement, prend racine dans cet océan de jalousie, soit l’instinct de devenir quelqu’un, sans pouvoir le devenir. Cette impossibilité fondamentale à être est le terreau le plus fertile qui soit. Le sens, qui a été évacué par cette seconde nature, devient reproductible également. Les situations, les contextes, l’amour, les corps, tout est une matière à reproduction, un mimétisme de la réalité. La réalité parviendra t-elle à s’étioler jusqu’à perdre son fondement, pourra t-elle disparaitre ? Les rognures de réalité qui persistent, une certaine mort latente… La jalousie a t-elle toujours été le fondement et le guide de l’humanité, jusqu’à ce qu’elle puisse être réalisée, par les moyens techniques de la reproduction ? Est-ce l’un des mystères fondamentaux de l’existence, l’origine du crime comme de toute activité, le stimulant fondamental ? Le problème étant que cette force brute du non-être, parfaitement bestiale, aura sûrement le pouvoir de supprimer tout ce qui est, soit tout ce qui ne souffre pas de jalousie.