1 texte

avril 2nd, 2013 § 0 comments § permalink

Ainsi je les emmerde, j’ai avalé deux tablettes de Tercian et trois tablettes de Zyprexa, tout ce que j’avais, j’ai à peine arrondi. Je me couche, je leur dis d’aller se faire foutre, je prouve, j’espère, ce que je vaux, l’amour que j’ai eu en moi, peut-être qu’ils cacheront l’affaire, ou qu’ils mourront, tous, on verra, cette pensée en suspens me laisse à mes rêveries, je me couche, c’est la nuit tombée depuis une ou deux heures, la petite fenêtre est ouverte – j’aime à dire la petite en souvenir de celle de mon premier appartement, qui m’apportait les bruits du monde, alors que celle-ci est grande, en vérité. Les lieux se mélangent, le temps aussi, les mouvements, les nappes de nuit presque tangibles, et douces. C’est une douceur comme j’aimais la percevoir, une douceur grave, habitée de démons crémeux. Etonnement, et hors de tous clichés – je vous assure que c’est vrai, je n’y peux rien – des cloches se mettent à sonner. Je m’imagine Notre Dame, je me souviens qu’il était question d’installer de nouvelles cloches, fondues à l’ancienne, dans les règles de l’art, pour son huit cent cinquantième anniversaire. Et que l’inauguration aurait lieu fin mars, que ces cloches retentiraient pour la première fois, une première série de tintements qui en annonceraient des millions d’autres et qui verraient probablement la fin du monde, cette fois ci pour de vrai. Cela m’apporte un goût d’éternité. Comme une justice qui retentit, s’efface, ou un drame qui s’allonge et se tient délicatement au creux de ces cloches d’une nouvelle ère.

mars 14th, 2013 § 0 comments § permalink

LA SOIREE DU BOLOSS N°1

Le boloss voulait trouvait des filles. Mais par malchance, nous étions dans un quartier de jeunes étudiants cultivés. Pas de chance pour lui, je pressentais déjà la soirée foireuse. Je sentais qu’il l’aurait mauvaise en sortant de là, je ne pus être mieux servi, quitte à être humilié en sa présence. Donc ils s’assirent tous deux, celui que j’aimais bien quoi que sacrément influençable, à la table adjacente de celle où buvait la belle qu’il devrait être plaisant de connaître. Manque de chance comme je l’ai dit, on a des idéaux à Mouffetard, on est punk, on est poète, on est cool, on est susceptible parce que tout cela. Donc très vite le chef sort à mon ami que j’aimais bien : « ma copine couche même quand elle a ses règles », donc voilà, première humiliation, je le sentais quand on a monté la rue Soufflot, j’allais assister à un tel spectacle, mais sûrement ils comprendront que je n’ai rien à faire avec eux, ceux de la table d’à côté. Alors on sort ensuite, et dehors le petit futur agent de communication qui n’y arrivera même pas se met à brancher les copines à la fille impossible et là paf ! le même lui sort : « Tu veux te branler avec moi ? » paf ! j’étais trop heureux, je les quitte peu après, je leur avais bien dit, ça ne m’intéresse pas, encore je m’en suis bien sorti, je me suis expliqué, j’aime les relations qui se font sur le long court, les beuveries c’est bien, mais c’est nous parmi les autres, un petit cercle où l’on se sent bien, dans un grand cercle concentrique où l’on se sent bien aussi.

Je n’aime pas qu’on vienne gâcher les règles, les beaux principes. Franchement il n’a rien lu, il ne connaît rien des jeunes qui oeuvrent dur et bien pour que la vérité se fasse, pour que sortent au grand jour ceux ou celui qui possèdent l’émotion juste, le désir juste, l’empathie ou la folie qu’ils sculptent en se dévouant à leur cause, pour que ces pauvres petits se sentent moins seul, aimés, reconnus par eux au moins, eux qui savent. De beaux sculpteurs, voilà ce qu’ils sont et ils ont l’œil aussi, ils voient tout de suite c’est dingue, ils savent rien qu’en voyant ce qu’il y a derrière le beau front de ceux ou celui qui passent leur chemin, qui écoutent leur musique, qui dépriment. Ils ont en horreur les arrivistes et ils ont raison, en horreur les corps squelettiques, ceux qui n’ont que les fondamentales bestiales en eux et ils aiment, ils admirent ceux dont les fondamentales pissent cent fois au-delà, ceux qui ont la chair du réel, du rêve, le réel et le rêve comme on l’entend chez eux.

En rentrant les choses se sont mises au clair, j’écoutais le dernier album que j’ai téléchargé et là j’ai vu, j’ai compris toute le chaînon de la jeunesse, leur jeunesse, c’était comme si je les entendais chanter, en écoutant leur musique, en les écoutant encore piailler dans leurs verres, tout au fond, où l’on sent l’alcool et la voix et le désir, le rêve juste qu’ils arrivent à maintenir, même avec des litres d’alcool, là où le pauvre petit va s’effondrer, ou gueuler encore plus qu’eux, mais quand même s’effondrer, et je pensais que mon ami influençable était un de ceux-là mais qu’ils n’ont pas pu le voir, parce qu’il était mal accompagné. Bien vite je ne pensais à rien, je pensais juste, c’est le mieux pour ne pas être frustré, transpirer l’été ou geler l’hiver. Le mieux a toujours été la communion, à sa manière, avec le bon album téléchargé, le dernier si possible, pour que sonne le neuf, pour qu’on ne s’ennuie pas un instant. Chanter, piailler dans les verres, pour eux, sur le vif, et pour l’autre, à distance, en leur honneur, comme eux ont une pensée au fond de leur verre, toujours.

Bondage et Kubiak

juillet 1st, 2012 § 1 comment § permalink

 

Bondage et Kubiak reniflaient dans l’air les miasmes de carotte. Tout fleurait l’acide folique, leur démentielle course à la carotte. Ces éternels plats sucrés et savoureux dans lesquels la carotte peut être consommée leur moussaient le cerveau. Le premier arrivé, le premier qui avalerait le plus petit soupçon de bêtacarotène serait en possession des transes du légume juvénile, injustement maltraité par le bâton parental. Bondage et Kubiak entamaient leur soirée, sujets aux symptômes du légume imaginaire.

Histoire singulière 2

juin 6th, 2012 § 2 comments § permalink

J’étais dans une période financière difficile et devais passer trois journées successives avec une somme très réduite. Je voyageai en RER en prenant le soin de ne pas dépasser la zone 2 que mon forfait Navigo me permettait d’utiliser librement. Je m’arrêtai à Issy et m’offris le luxe de manger dans un restaurant asiatique de type restauration rapide où je dépensai 6,51 Euros. Je me dirigeai ensuite vers une épicerie.

Il me restait 3 Euros et des poussières et je comptais m’acheter des pâtes et du fromage râpé. Or mes moyens furent trop faibles pour ces deux achats et je dus m’en limiter à un seul. C’est alors, ayant exclu le fromage de mes faibles espoirs d’un bon festin, que je fis tomber mon inestimable pièce de 2 Euros.

Quelques « jeunes de cités sensibles » entrés peu après moi assistèrent à la scène. L’un d’eux se baissa pour ramasser l’une des pièces que je fis tomber – mais pas celle de 2 euros – et le groupe se lança dans des attaques hargneuses : « tu dis pas merci », « tu veux pas non plus qu’on paye tes pâtes », etc. Je demandai alors si l’un d’entre eux n’aurait pu effectivement me dépanner des quelques centimes manquants. Mais le dernier entré, muni d’une bière 8.6 à la main me menaça presque de mort, prétextant que je leur parlais mal.

Histoire singulière

mai 11th, 2012 § 0 comments § permalink

 

Notre voisine, une amie proche de Maryse, mariée à un riche Aixois se plaint quand elle est dans sa piscine l’été du bruit occasionné par une ligne de bus voisine : cela lui bourdonne aux oreilles et la gêne. Elle a écrit une lettre à son amie pour lui demander de détourner l’itinéraire du bus ou carrément, de faire en sorte que le terminus soit situé plus avant, étant donné qu’il dessert à son terme une cité populaire dont les résidents pourraient parfaitement, après tout, faire le trajet à pied pendant qu’elle patauge dans sa piscine.

Cette même voisine, s’est plaint une autre fois de notre chat qui empiétait sur son territoire et qui selon ses dires attaquait ses chatons. C’est par ailleurs tout à fait possible. Elle nous prévint qu’elle écrirait une lettre à son amie Maryse accusant notre chat de violation de territoire et donc, au cas où l’animal ne changerait pas de conduite, qu’elle ferait une demande pour l’euthanasier. Nous lui dîmes qu’on pouvait difficilement faire ce grief à un chat et que ce n’était pas raisonnable. L’année suivante, après la disparition de notre chat, elle nous l’apporta sans vie au bout d’une semaine, enveloppé dans une serviette, nous précisant qu’elle l’avait trouvé le matin même coincé sous un des stores électriques de sa villa. Elle nous dit que pouvions garder la serviette.

 

2 micro-récits

février 27th, 2012 § 3 comments § permalink

Dans un bar un peu louche, une lumière verte éclaire un désir vulgaire, contente tout de même un reste d’appétit, déclenche une petite lueur dans un néant. Il y a du danger, une accumulation de diverses méchancetés affichées, mâles ou femelles.

Un sentiment d’étranglement mais aussi de libération arrachée aux mains de ces présences rigides, comme un dernier relent de vitalité dans la mare obséquieuse d’une accumulation de misères. J’ai envie de boire. De consommer le mal et la stupidité, de m’anéantir dans cette rengaine qui n’impressionne plus personne.

J’ai été aspiré par ce quartier nocturne de bars un peu louches – ils le sont tout à fait. Je reste à l’écart, mais tous ont des yeux vides, exhibent une curiosité morne ou morte, et m’observent d’un désir bestial. Profiter, rentrer dedans. Je subis puis j’oublie.

Ils ont souvent vu ce cas de figure – ma présence ici – sans jamais s’y être penché : ils ne se penchent sur rien. Rien d’autre que leur tombeau. Aucun secours à leurs vies sinistrées.

 »

Je vis des prostituées partout. Les unes debout sur leurs jambes découvertes et lasses, d’autres qui jacassaient et ricanaient, toutes les mêmes, débauchées qui me soudoyaient du regard. J’eus envie de fuir et d’accepter leurs services à la fois. Je les voyais déferler en masse par les avenues et profiter de ma faiblesse maintenant célèbre, car il faut croire qu’elles me connaissaient toutes, elles remuaient mon prénom dans la jungle de leurs dents et pressaient mes désirs partagés de leurs lèvres, si bien que j’acquiesçais à leurs avances par les yeux mais pressais le pas, celui du foyer et celui de leurs corridors étranges.

Tout fut fondu dans une coupe de ciel et d’esprit divisé, une canicule d’amour – cet amour particulier, furieux revers d’un manque – prenait peu à peu le pas si bien que je repassais par les rues parallèles en sens inverse. Tout de même je m’éloignais progressivement, et tout s’estompait en cadence jusqu’à prendre un tour presque normal, si ce n’est quelques têtes aguicheuses ou prostrées qui subsistaient.

Je fis sûrement un amalgame entre ces filles habituellement désirées et celles-ci qui se vendent. Mais tout peut s’acheter. Tout est à sa portée quand on sait s’y faire, et que l’on possède, ou croit posséder –  ça n’y change rien – ce vers quoi elles s’inclinent, ces mêmes que l’on désire. Et ceci, j’ai cru l’avoir, mais le néant m’a vite repris. C’est comme une fleur qui fane, rapidement et nous fait marcher le pas vide. Vide jusqu’au prochain désir pris à la volée.

Triptyque

février 14th, 2012 § 2 comments § permalink

asiatique

  
jeune extraction
du temps
battant les cils relevés
et présente
comme un glacier piqué d’étincelles
intelligentes.

traits tirés
d’un regard oblique
on eut dit
qu’elle fut asiatique
sans l’être
tant elle
fut.

   «  »

Une chair prête à bondir

  
Une gothique était assise devant moi, orientée dans ma direction, presque traversée par le si peu d’espace qui nous séparait, très généreuse dans ses formes avec une peau si lisse et blanche, une beauté simple gravait des orgies dans l’air. Elle le ressassait cet air, le suppliait et sa demande fut irrésistible. Cela criait au désir réalisé. Je sentais très exactement la nature de cette supplication, acquiesçais. Je l’eus comblée si par nature je ne fus si méfiant, rentré dans de telles ruminations que rien ne s’échappe de ma coquille. Or l’on sentait la passion filer et la simplicité, la générosité devenait de plus en plus insoutenable. Qui la comblerait, qui offrirait à ses désirs le moyen de s’épancher, cela n’était pas question, car je fus le seul à recevoir ces cris, la nervosité et la chair de ces cris, le dard qui à l’intérieur piquait et se contractait, lançait le liquide et les quelques phéromones qui la parcouraient.

  «  »

une folle
faite d’une semi-aliénation
et
d’une chimère capricieuse.

elle se perdit en rires
puis se tut
rumina une angoisse
et la belle moitié disparut.

Contamination

juillet 7th, 2011 § 0 comments § permalink

 

Subitement le sourire du Bouddha vert bronze sur l’étagère m’illumina – contamination de l’illumination. J’embrassai le plaisir de la délivrance, l’affranchissement des chaînes causales, du désir – triomphe, quiétude, apaisement, bonheur suspendu, flottement de l’espace, du temps. Il faut énumérer pour laisser passer.

Je compris, vécu l’absence du vide, tandis que le plein se diffusait tout autour de ce sourire – ou récit d’un encens. C’eût été folie de ne pas se laisser convaincre : il n’y avait aucune concurrence possible, puisque ce sourire était tout.

Je me réfugiai irrésistiblement au sourire, sourire qui m’apparut comme une évidence. Un silence contenait tous les miracles, le miracle d’être assis, à demi allongé.

Temples d’azur, débris de soleil, fourrages infinis, cités liquides, marbres transparents, veinés, ébréchés, l’ozone, le cristal, partout.

Moucheron d’égout

avril 20th, 2011 § 0 comments § permalink

La fille conçue d’une peau lisse et de cheveux épais, d’un regard humide et poétique – mais qu’est-ce que la poésie ? c’est ce que vous ne trouverez jamais – semblait s’efforcer, s’aliéner d’une passion que récoltait le jeune homme. Mais là ne s’arrêtèrent pas les faits. La vérité est qu’une conscience ancienne me brûla : une chose que je m’étais dite. C’est qu’il y a encore mieux que cela ! Dans ma propre errance pourtant, faite de moucherons, d’égouts et de chemins de fer que je trouvais sensuels, il se fait que quelque chose, une « âme » a pu se développer à un degré supérieur. Un au-delà, une ligne de brisure, une entaille faite d’ozone et de végétation, de cliquetis d’insectes et d’odeurs de nuit. Cela m’épuise.

Le rêve de l’île

avril 7th, 2011 § 1 comment § permalink

J’ai fait le rêve d’une société qui a mal tourné, qui survivait sur une île. C’était l’échec complet d’une idéologie, une société qui a dégénéré sans que ses fils aient en eux le moindre héritage des penseurs qui l’avaient faite. Tout était perdu, volatilisé, cette faune pullulait, le danger fleurait partout dans l’île.

La seule chose qui l’animait, c’était la drogue. Je ne sais ce qui me poussa vers cette île mais je m’y trouvais, profondément démuni, effrayé face à ce désastre. Les trois que je vis tortillaient leurs bras, se piquaient dans un tourbillon, provoquaient avec des mimiques, des gestes et des grimaces, poussaient des cris, des gloussements.

Les risques de maladie, l’infantilisation flottaient dans l’air, ce tissu d’angoisse que j’inspirais. La mort lente d’une société, perdue, à l’écart, nulle part, un no man’s land sordide. Je sentais qu’aucun effort de salut n’était possible, parce que les fondements étaient sapés.

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