{"id":29,"date":"2011-01-04T08:41:00","date_gmt":"2011-01-04T08:41:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/?p=29"},"modified":"2017-01-07T10:31:08","modified_gmt":"2017-01-07T10:31:08","slug":"adieux-a-un-pays","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/adieux-a-un-pays\/","title":{"rendered":"Adieux \u00e0 un pays"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/farm5.staticflickr.com\/4057\/4421940479_42a11c4839.jpg\" class=\"alignnone\" width=\"500\" height=\"375\" \/><\/p>\n<p>I<\/p>\n<p>Nos territoires sont voil\u00e9s<br \/>\ndu tissu de notre vie<br \/>\net je retrouve dans chaque espace<br \/>\nque je parcours encore (en ce dernier \u00e9t\u00e9)<br \/>\nl&rsquo;amas des jours de ma vie, v\u00e9cus ici.<\/p>\n<p>Ainsi se fondent les bu\u00e9es en strates dans le soleil baissant<br \/>\ncomme se m\u00ealent le sol et l\u2019horizon<br \/>\ncomme s\u2019engr\u00e8nent<br \/>\ndans les sillons les spires de la route<br \/>\net se dresse dans le fleuve du vent r\u00e9gulier<br \/>\nun arbre au bord d\u2019un champ.<\/p>\n<p>comme les arbres si pareils aux nuages<br \/>\n&#8211; m\u00eames formes et m\u00eame indiff\u00e9rence \u2013<br \/>\nj\u2019ai laiss\u00e9 dans tes creux tout mon temps.<\/p>\n<p>Des ann\u00e9es d\u2019enfants, ce tribut qu\u2019on abandonne avec peine<br \/>\nleurs petites peurs et leurs apprentissages,<br \/>\net les apr\u00e8s-midi \u00e0 deux, errant<br \/>\nde nom en nom de villages, comme un r\u00e9bus.<\/p>\n<p>Le regard qui cherche dans le sommet du ciel<br \/>\net les plong\u00e9es au fond des combes peupl\u00e9es d\u2019arbres<br \/>\nherbes lourdes, tourbi\u00e8res.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui la lumi\u00e8re est raide et forte,<br \/>\nombres qui soulignent une vert de paradis<br \/>\nl\u2019endroit et l\u2019envers<br \/>\net s\u2019allongent<br \/>\nau pied de tout ce qui se tient droit. La lumi\u00e8re<br \/>\ncoupe raide le bord des maisons<br \/>\n\u2013 argile ou rougeur dans l\u2019\u00e9t\u00e9 qui descend<br \/>\no\u00f9 chaque fleur pose sa note<br \/>\nexacte sur le vert r\u00e9gnant,<br \/>\nsur les pierres.<\/p>\n<p>Dans tout ce qui m\u2019a soutenue, le cr\u00e9puscule<br \/>\nles hachures pluvieuses sur les \u00e9tangs<br \/>\nles ronds des gouttes<br \/>\nsur le vernis de l\u2019eau transparente<br \/>\net grise et ce parfum<br \/>\nsi particulier derri\u00e8re les usines en ruine<br \/>\ndans les \u00e9croulements de craie, les buddleias.<\/p>\n<p>Il fallait que je laisse errer sur toi mon regard, pays<br \/>\nen rester l\u00e0 de mon chemin un peu bancal<br \/>\net te reconna\u00eetre (mais pas vraiment connue, \u00e9loign\u00e9e).<br \/>\nL\u2019eau de tes puits tournants, d&rsquo;un bleu sombre<br \/>\npour le vertige du voyageur, qu\u2019il y plonge<br \/>\nla sonde de sa tristesse.<\/p>\n<p>Je pouvais te p\u00e9n\u00e9trer sans \u00eatre l\u00e0, comme on habite la chambre de quelqu\u2019un d\u2019autre :<br \/>\nsur son dessus de lit on s\u2019\u00e9tend, on allume sa lampe.<br \/>\nAinsi j\u2019ai plong\u00e9 mes rames dans ton eau,<br \/>\ncontournant des \u00eelots<br \/>\no\u00f9 les roses tombent sans qu&rsquo;on les voie.<\/p>\n<p>Il fallait rester dans cette fente d\u2019o\u00f9 tout est vu,<br \/>\nque je glisse entre les lieux et les gens,<br \/>\nqu\u2019\u00e0 rien je ne me m\u00eale<br \/>\nenti\u00e8rement que je ne laisse rien<\/p>\n<p>sinon mon temps, ma vie<br \/>\ndans chaque page de tes paysages.<br \/>\nCar chaque pays a son vide<br \/>\nparticulier.<\/p>\n<p>II<\/p>\n<p>Pays, o\u00f9 j\u2019erre en esprit<br \/>\nsouvent quelque chose m\u2019appara\u00eet,<br \/>\ndissous<br \/>\ndans le m\u00e9lange de tes eaux<\/p>\n<p>\u2013 malgr\u00e9 la tristesse dont on t\u2019accuse, dont toi-m\u00eame t\u2019accuses.<\/p>\n<p>Alors rien ne vaut pour moi<br \/>\nl\u2019ourlet bruni de tes c\u00f4t\u00e9s<br \/>\ntes champs labour\u00e9s sous les nuages.<\/p>\n<p>Et rien ne vaut parfois ta pauvret\u00e9, ces corbeaux planant en recherche,<br \/>\nles peurs, et ces visages pris<br \/>\ndans des filiation brouill\u00e9es,<br \/>\nles mots l\u00e2ch\u00e9s malgr\u00e9 soi,<br \/>\ndont on est surpris,<br \/>\nles longues et r\u00e2peuses collines, de craie tremp\u00e9e \u2013<br \/>\nles ZUP \u00e9tablies sur rien.<\/p>\n<p>des maisons de brique sanguine, sans ornement<br \/>\nen files dans les villages<br \/>\nsous le grand ciel bleuissant du soir<br \/>\net au flanc de falaises pench\u00e9es, des p\u00e2tis<br \/>\nd\u2019herbe pel\u00e9e et de fleurs rares, minuscules.<\/p>\n<p>Pays travers\u00e9 de passages et de guerres<br \/>\naux grands arbres dress\u00e9s :<br \/>\nracines pendant de la vo\u00fbte des souterrains si vieux<br \/>\nsi profonds et ramifi\u00e9s pour dispara\u00eetre.<br \/>\nJ\u2019aurai senti de loin<br \/>\nla d\u00e9solation de tes cimeti\u00e8res de guerre<br \/>\nImmenses incongrus et laids, pos\u00e9s sur les plaines,<br \/>\nmath\u00e9matiques,<br \/>\net l\u2019identit\u00e9 dissoute des pauvres jeunes hommes morts expatri\u00e9s dissous<br \/>\n(o\u00f9 sont celles, ceux, qui vous ont si longtemps cherch\u00e9s ?)<\/p>\n<p>Je ne voulais pas voir \u00e7a<br \/>\nni y penser<br \/>\nmais lire les traces,<br \/>\ndans la terre et dans les \u00e2mes des exodes.<\/p>\n<p>III<\/p>\n<p>De lourds rideaux invisibles, joignant la terre au ciel grand-ouvert, les \u00e9tangs opaques qui montent avec tous leurs miroirs et leurs oiseaux plongeants, pour se fondre dans l\u2019aile gazeuse des nuages. R\u00e9verb\u00e9rations et vibrations, \u00e9clats soudains, dans la pression de l\u2019\u00e9t\u00e9. Comme des anges volant \u00e0 mi-hauteur de tout, soulev\u00e9s par l\u2019odeur de bl\u00e9s dress\u00e9s, multitude muette redoutant l\u2019orage qui approche.<\/p>\n<p>M\u00eame \u00e9clat de miroir, diffract\u00e9 sous le soleil blanc et froid d\u2019octobre, qui longe les lignes des sillons, en petites vall\u00e9es d\u00e9vers\u00e9es, tranch\u00e9es, en scarifications. Toute cette violence mobile, non-violente, de ce qu\u2019on appelle les saisons, l&rsquo;agriculture, r\u00e9volutions comme de notre sang puls\u00e9 et revenant, du d\u00e9but \u00e0 la fin d\u2019une \u00e9ternit\u00e9 illusoire.<br \/>\nLa vase glissante<br \/>\nla terre la craie, l\u2019eau.<br \/>\nLe monde v\u00e9g\u00e9tal. apparaissant, disparaissant.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re chaque motte de terre tranch\u00e9e et retourn\u00e9e<br \/>\nderri\u00e8re chaque oiseau<br \/>\natteint par sa mort loin de tout regard,<br \/>\nderri\u00e8re chaque nuage d\u00e9veloppant ses orbes vers l\u2019infini sans l\u2019atteindre,<br \/>\nderri\u00e8re chaque square au sable imbib\u00e9, pluvieux, d\u00e9sert<br \/>\n&#8211; derri\u00e8re toi,<br \/>\nquelque chose se scinde et murmure,<br \/>\nglisse dans mes mains.<\/p>\n<p>Moi qui ne t\u2019ai pas caress\u00e9, ni soupes\u00e9, ni envelopp\u00e9<br \/>\nqui ne t\u2019ai pas trac\u00e9 de l\u2019ongle,<br \/>\nmoi qui ne te reste pas, qui n\u2019ai en toi ni racine, ni prise<br \/>\nje sais la chaleur qui demeure \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur,<br \/>\ndans la fracture des silex.<\/p>\n<p>Ainsi, pays toujours \u00e9chappant, toujours changeant et muet,<br \/>\npar ces ann\u00e9es pass\u00e9es coll\u00e9es contre ton dos<br \/>\nj\u2019ai compris que je n\u2019\u00e9tais qu\u2019une demi-chose,<br \/>\net j\u2019ai attendu le retour<br \/>\nde ta voix en moi, ton \u00e9cho.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un long voyage que tu faisais,<br \/>\nde ta source tourbeuse \u00e0 la mer, malgr\u00e9 le peu de kilom\u00e8tres,<br \/>\net les plages de vase et de sable \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e.<br \/>\nTu as fait de moi<br \/>\nune tranche de pain jet\u00e9e dans le gris de l\u2019eau,<br \/>\ndont je t&rsquo;ai nourri.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/farm8.staticflickr.com\/7122\/7536780026_cbb49b8cf1_n.jpg\" class=\"alignnone\" width=\"320\" height=\"240\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I Nos territoires sont voil\u00e9s du tissu de notre vie et je retrouve dans chaque espace que je parcours encore (en ce dernier \u00e9t\u00e9) l&rsquo;amas des jours de ma vie, v\u00e9cus ici. 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