{"id":2472,"date":"2016-12-03T21:20:11","date_gmt":"2016-12-03T21:20:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/?p=2472"},"modified":"2017-01-24T13:40:02","modified_gmt":"2017-01-24T13:40:02","slug":"dreamed-a-dream","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/dreamed-a-dream\/","title":{"rendered":"dreamed a dream"},"content":{"rendered":"<p>DREAMED A DREAM<\/p>\n<p><em>Ce que je voulais \u00e9crire d\u2019abord \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 une erreur : \u00e0 cause de la reprise de la chanson par les Dubliners, les Pogues, mais surtout parce que je l\u2019avais entendue chanter pour la premi\u00e8re fois par un irlandais, j\u2019ai cru que \u00ab Dirty old town \u00bb \u00e9tait une chanson irlandaise, qu\u2019Ewan Maccoll l\u2019\u00e9tait.<br \/>\nOr il est n\u00e9 en Angleterre, d\u2019origine \u00e9cossaise, et il y a toujours v\u00e9cu. Ce qu\u2019il chante, avec l\u2019accent, la voix, la musique de ses origines, ce sont les luttes d\u2019une ville ouvri\u00e8re anglaise. Un celte chante des luttes de pauvres, les lieux disgraci\u00e9s o\u00f9 ils ont d\u00fb aller vivre, les montagnes alentour et les errances, des histoires d\u2019amour.<br \/>\nEn y r\u00e9fl\u00e9chissant je me suis dit que j\u2019allais suivre ces deux pistes, celle du d\u00e9racinement et de la fid\u00e9lit\u00e9, celle des combats, et que finalement ce serait en accord avec son chant.<\/em><br \/>\n\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2013<br \/>\nVoil\u00e0 que je te retrouve, monde enfoui, r roul\u00e9s du ga\u00e9lique, corps \u00e0 la peau blanche, hair noir, yeux d\u2019eau.<br \/>\nun monde d\u2019herbe et de cils, de pierres grises lourdement imbriqu\u00e9es dans la nuit des temps, auquel je n\u2019appartiens pas, que je n\u2019ai pas go\u00fbt\u00e9, o\u00f9 je ne suis pas n\u00e9e, o\u00f9 je n\u2019ai pas v\u00e9cu.<br \/>\nd\u2019une langue que je n\u2019entends jamais dans la rue et qui pourtant roule dans le tambour de mon oreille \u2013 avec ses heurts et sa fluidit\u00e9, ses raucit\u00e9s \u2013 qui me laisse sur son bord.<br \/>\nr\u00eave de raclures d\u2019or s\u2019\u00e9teignant au fond d\u2019un marais de tourbe, des hachures de pluie au-dessus, du ciel qui aspire le regard.<br \/>\net les traits couch\u00e9s des accents, comme des serrures minuscules sur les noms, les volutes sur les croix.<br \/>\n\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<br \/>\ntout cela semblait s\u2019\u00eatre dissous dans des villes \u00e9trang\u00e8res, apr\u00e8s la famine et finalement l\u2019exil.<br \/>\nmais pas vraiment, non \u2013 ayant fait un pas en arri\u00e8re et laiss\u00e9 le devant de la sc\u00e8ne aux devoirs de survie, \u00e0 des pauvret\u00e9s moins radicales, \u00e0 des guerres de cr\u00e9puscule urbain, des corps \u00e9cras\u00e9s dans les files d\u2019attente, ou dans la boue.<br \/>\nquand on quitte son pays une alchimie int\u00e9rieure doit faire un alliage, entre ce qui ne sera pas oubli\u00e9 et ce qu\u2019il va falloir vivre.<br \/>\n\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014-<br \/>\net plus loin encore, partout : juifs, celtes, gitans, peuples en mouvement constant, de la harpe ou du violon, du chant qui d\u00e9chire et de l\u2019humour qui crache en riant \u2013 peuples destitu\u00e9s.<br \/>\nchass\u00e9s par la faucheuse de leurs minuscules maisons, des champs caillouteux et des cours grises ; tuberculeux, entour\u00e9s de chiffons, leurs fils, ces gar\u00e7ons maigres, nostalgiques.<br \/>\npeuples des exodes o\u00f9 l\u2019on part sans rien prendre, sinon les petits enfants et les vieillards, serr\u00e9 de pr\u00e8s par la peur.<br \/>\ndes titanics de caoutchouc, errances sur une mer froide, sans ports ouverts, marches en files tremp\u00e9es le long des routes.<br \/>\ngibiers de toutes les polices, de toutes les erreurs et terreurs du monde, de tous les voleurs, gibiers de camps.<br \/>\n\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014-<br \/>\nd\u00e8s qu\u2019ils ont les pieds pos\u00e9s dans un coin de ville, la marche termin\u00e9e, install\u00e9s dans les petites grottes d\u2019immeubles insalubres, se d\u00e9versant dans la rue, reviennent les talents.<br \/>\nmusiques qui s\u2019acc\u00e9l\u00e8rent et chants par-dessus la t\u00eate, danse.<br \/>\nla langue que les autres ne comprennent pas<br \/>\nils vont chercher du travail, le trouvent, le perdent. perdent peu \u00e0 peu la vie.<br \/>\ncertains des enfants se mettent \u00e0 chanter, \u00e0 \u00e9crire\u2026<br \/>\n\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2013<br \/>\npourquoi ces chants ont-ils une telle intensit\u00e9, pourquoi leurs cris sont-ils si profonds, si violents et subtils, accord\u00e9s \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 des r\u00e8gles illisibles du monde, tel qu\u2019il va ? cette alliance de l\u2019\u00e9clat et du sourd, du noir absolu et de la lumi\u00e8re des yeux, du sang des l\u00e8vres, du rire et de la mort. de quelle terre avons-nous \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s pour pouvoir les entendre ainsi au plus profond de notre \u00e2me ? de quel pays priv\u00e9 de nom, de quelle appartenance oubli\u00e9e ?<br \/>\nvotre malheur, vous l\u2019offrez \u00e0 nos sens perdus, pour que nous retrouvions le n\u00f4tre, et notre col\u00e8re aussi\u2026.nous sommes spoli\u00e9s de nos personnes, de nos amours et du vrai temps de notre vie. nous sommes priv\u00e9s de notre honte, de derri\u00e8re nos fen\u00eatres elle nous revient \u00e0 travers vos yeux. vous avez march\u00e9 pour nous redonner la clef de la porte, et vous chantez pour que nous tentions de nous d\u00e9brouiller de la mort.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DREAMED A DREAM Ce que je voulais \u00e9crire d\u2019abord \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 une erreur : \u00e0 cause de la reprise de la chanson par les Dubliners, les Pogues, mais surtout parce que je l\u2019avais entendue chanter pour la premi\u00e8re fois (&hellip;)<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/dreamed-a-dream\/\">Read the rest of this entry &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2472","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2472","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2472"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2472\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2756,"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2472\/revisions\/2756"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2472"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2472"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2472"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}