{"id":1020,"date":"2013-09-23T20:12:08","date_gmt":"2013-09-23T20:12:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/?p=1020"},"modified":"2013-09-23T20:12:08","modified_gmt":"2013-09-23T20:12:08","slug":"reve-des-horaires-illisibles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/reve-des-horaires-illisibles\/","title":{"rendered":"r\u00eave des horaires illisibles"},"content":{"rendered":"<p>Je suis dans une sorte de camp d&rsquo;adolescents, ou d&rsquo;enfants. J&rsquo;y ai \u00e9t\u00e9 accueillie moi-m\u00eame autrefois, maintenant je fais partie de l&rsquo;\u00e9quipe des moniteurs. Je me sens chez moi dans cet endroit, \u00e0 cause de tous les \u00e9t\u00e9s que j&rsquo;y ai pass\u00e9, depuis tant d&rsquo;ann\u00e9es.<br \/>\nJe range des v\u00eatements, dans un grand dortoir d\u00e9sert au plafond tr\u00e8s bas et je vois entrer par la porte du fond le directeur, un homme jeune qui tient un seau et une serpilli\u00e8re. Il vient vers moi et aimablement mais fermement commence \u00e0 me faire des reproches : \u00a0\u00bb Tu te conduis encore comme si tu faisais partie des enfants. Tout le monde ici participe aux frais, met un billet de 20 euros dans le pot commun de temps \u00e0 autre, mais toi tu ne le fais jamais\u00a0\u00bb. Effectivement l&rsquo;id\u00e9e ne m&rsquo;en a m\u00eame pas travers\u00e9 l&rsquo;esprit puisque j&rsquo;y travaille, mais je suis tr\u00e8s g\u00ean\u00e9e. D\u00e8s qu&rsquo;il est sorti je me d\u00e9p\u00eache d&rsquo;aller mettre de l&rsquo;argent, mais j&rsquo;ai l&rsquo;impression que tout le monde m&rsquo;a jug\u00e9e depuis longtemps sans rien me dire. Mon sentiment d&rsquo;avoir ma place dans le groupe des adultes a disparu, et je n&rsquo;ai qu&rsquo;une envie : partir.<br \/>\nLe r\u00eave change de lieu : je suis dans une grande maison familiale, je dois prendre le train pour rejoindre, avant le lendemain matin, un autre camp qui se trouve dans les montagnes, un endroit connu pour son fromage et ses p\u00e2turages. La beaut\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre de l&rsquo;endroit m&rsquo;attire, mais je n&rsquo;ai plus aucune envie de travailler avec ces gens. Pourtant il le faut, je ne peux pas les laisser avec une \u00e9quipe r\u00e9duite les premiers jours, ceux o\u00f9 on installe et organise tout.<br \/>\nOn me conduit \u00e0 la gare. C&rsquo;est difficile de trouver une place pour la voiture, alors je descends pour aller prendre les billets, deux personnes de ma famille doivent m&rsquo;accompagner. La gare est ancienne et tout est vieillot \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, les horloges, les quais, les panneaux d&rsquo;affichages m\u00e9caniques, compliqu\u00e9s et incompr\u00e9hensibles. Nous devons prendre un train pour Toulouse (ou pour l&rsquo;Espagne ?). Je prends des fiches horaires, mais les caract\u00e8res sont si petits que je n&rsquo;arrive pas \u00e0 les lire. Je les tends au conducteur de la voiture qui m&rsquo;a rejoint, lui non plus n&rsquo;y voit rien. Deux employ\u00e9s sont aux guichets mais parlent entre eux et quand je viens leur demander des renseignements ils ne me regardent m\u00eame pas. P\u00e9niblement, je d\u00e9chiffre les fiches. C&rsquo;est exactement l&rsquo;heure du dernier train, alors je me pr\u00e9cipite et il d\u00e9marre. Je cherche des yeux sur le quai ceux qui m&rsquo;accompagnaient, je ne les vois plus&#8230;&#8230;comment descendre maintenant ? Et je r\u00e9alise que ce n&rsquo;est pas dans cette direction mais dans les Alpes que je dois aller. Je ne pourrai plus y \u00eatre \u00e0 temps.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 descendre, je marche sur le quai, j&rsquo;attends le bon train. Le temps est couvert, pas d&rsquo;ombre, tout semble sans relief sous le ciel blanc. Plus loin, il n&rsquo;y a plus de quai, on peut s&rsquo;asseoir le long du grillage. Et plus loin encore, le long des voies, se trouvent des petits groupes de femmes, accompagn\u00e9es d&rsquo;hommes mauvais, qui cherchent \u00e0 les vendre comme prostitu\u00e9es &#8211; des femmes africaines. Ces hommes me font peur mais je vais quand m\u00eame leur parler, je me dis qu&rsquo;on ne peut pas leur laisser croire que personne ne voit rien. Je me moque : \u00ab\u00a0alors, \u00e7a marche votre petit commerce ?\u00a0\u00bb. Ils ne r\u00e9agissent pas.<br \/>\nJe remarque surtout une femme grande et muscl\u00e9e, sa peau semble frott\u00e9e de cendres. Elle a la t\u00eate baiss\u00e9e, on a relev\u00e9 ses cheveux fris\u00e9s pour d\u00e9couvrir, sur sa nuque, sa vulve noire offerte aux regards. Elle est parfaitement immobile, le visage invisible, d\u00e9nud\u00e9e et honteusement silencieuse devant tous. <\/p>\n<p><em>Tu fais comme si le temps ne passait pas<br \/>\ncomme s&rsquo;il pouvait s&rsquo;enrouler &#8211;<br \/>\ntu campes dans ton adolescence \u00e9ternelle,<br \/>\nsa douce na\u00efvet\u00e9 qui ne doit rien, non rien \u00e0 personne<\/p>\n<p>or quelque chose se coince presque toujours<br \/>\ndans tes glissements,<br \/>\nla r\u00e9alit\u00e9 ne se laisse pas s\u00e9duire<br \/>\nl&rsquo;horloge chantonne<br \/>\nplanant dans une lumi\u00e8re de pass\u00e9<br \/>\no\u00f9 personne n&rsquo;est l\u00e0.<\/p>\n<p>&#8230;&#8230;courant toujours, coupable et b\u00eate<br \/>\napr\u00e8s le juste train<br \/>\ntu t&rsquo;arr\u00eates hors d&rsquo;haleine<br \/>\nen bordure de voie.<\/p>\n<p>la lumi\u00e8re s&rsquo;est fig\u00e9e<br \/>\nc&rsquo;est comme une \u00e9clipse<br \/>\nqui entame le soleil.<br \/>\ntu te tournes et derri\u00e8re toi<br \/>\ntu vois cette statue de toi-m\u00eame<br \/>\nsouill\u00e9e de terre, d\u00e9nud\u00e9e.<\/p>\n<p><\/em><\/p>\n<p>(Fin du cycle des r\u00eaves)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis dans une sorte de camp d&rsquo;adolescents, ou d&rsquo;enfants. J&rsquo;y ai \u00e9t\u00e9 accueillie moi-m\u00eame autrefois, maintenant je fais partie de l&rsquo;\u00e9quipe des moniteurs. Je me sens chez moi dans cet endroit, \u00e0 cause de tous les \u00e9t\u00e9s que j&rsquo;y (&hellip;)<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/reve-des-horaires-illisibles\/\">Read the rest of this entry &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-1020","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-reves"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1020","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1020"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1020\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1020"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1020"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1020"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}