{"id":100,"date":"2011-08-18T08:02:39","date_gmt":"2011-08-18T08:02:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/?p=100"},"modified":"2016-12-16T15:16:50","modified_gmt":"2016-12-16T15:16:50","slug":"cest-une-piece-2-diptyque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.angle-vivant.net\/claireceira\/cest-une-piece-2-diptyque\/","title":{"rendered":"C&rsquo;est une pi\u00e8ce (2) : diptyque"},"content":{"rendered":"<p>I<br \/>\nc&rsquo;est une pi\u00e8ce<\/p>\n<p>&#8230;..rectangulaire, \u00e9troite et nue. La fen\u00eatre \u00e9galement \u00e9troite s&rsquo;ouvre sur un pan de mur vert p\u00e2le, perc\u00e9 de deux ouvertures de petite taille. Aucun dehors n\u2019est visible.<br \/>\nIl y a une chaise, une table et une sorte de lit brun, ou de grande bo\u00eete. Surtout, le carrelage ressemble, gr\u00e8ge et quadrill\u00e9 de fines lignes noires, \u00e0 ces feuilles de carnets anciens, inutilis\u00e9s, dont le papier aurait vieilli. La pi\u00e8ce enti\u00e8re ne contient aucune trace d\u2019un occupant, elle semble attendre.<br \/>\nSi on y \u00e9tait enferm\u00e9, on s\u2019assi\u00e9rait je crois d\u2019abord sur le lit, tournant le dos \u00e0 la fen\u00eatre, pour prendre la mesure de cet espace d\u00e9sormais \u00e0 soi, de l\u2019absence de tout \u00e9l\u00e9ment naturel (\u00e0 part l\u2019air qu\u2019il contient).<br \/>\nOn serait vite saisi d\u2019une force inconnue \u2013 vibrant comme une haine, mais sans haine. Celle du propri\u00e9taire d\u2019un territoire sans borne, du r\u00e9cepteur d\u2019une infinit\u00e9 d\u2019histoires. Certaines venues du pass\u00e9, et d&rsquo;autres dont le germe remue, grouillantes, \u00e0 peine perceptibles dans l\u2019\u00e9prouvante absence d\u2019obscurit\u00e9.<br \/>\nOn sentirait une joie pleine de peur et de douleur : la joie du retour au monde natal de la tyrannie, o\u00f9 tout se jouait.<\/p>\n<p>(<em>la pi\u00e8ce ressemble \u00e0 une cabine de d\u00e9shabillage, o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;est assis dans l&rsquo;attente d&rsquo;un examen m\u00e9dical, encore en pleine sant\u00e9, mais pour entrer peut-\u00eatre l&rsquo;instant suivant dans le territoire des malades : soumis, effar\u00e9s ou sto\u00efques, menac\u00e9s de mort et sans prise sur leur vie. Elle ressemble \u00e0 la chambre d&rsquo;un internat, o\u00f9 l&rsquo;on vous a fait entrer malgr\u00e9 vous : horaires impos\u00e9s, douches communes. Elle ressemble bien s\u00fbr \u00e0 celle d&rsquo;une prison. On ne d\u00e9cide plus de ce que fera ce corps personnel qu&rsquo;on a assis et qui attend, fig\u00e9.<br \/>\nTr\u00e8s vite, on rassemble dans ce nouvel espace des capacit\u00e9s paradoxales, souterraines. Peut-\u00eatre on se liqu\u00e9fie, peut-\u00eatre on cherche \u00e0 revenir en arri\u00e8re, ou bien on laisse libre cours \u00e0 une panique muette, ou bien on hurle.<br \/>\nMais aussi on commence \u00e0 creuser une autre voie, nouvelle, une voie de patience, de face \u00e0 face.) <\/em><\/p>\n<p>\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0\u00b0<\/p>\n<p>II<br \/>\nc&rsquo;est une pi\u00e8ce,<\/p>\n<p>&#8230;..ou plut\u00f4t c&rsquo;est un passage, un large couloir. On se dirige vers l&rsquo;angle qu&rsquo;il fait, tout au bout.<br \/>\nEn avan\u00e7ant, le c\u00f4t\u00e9 droit du corps et le bras droit s&rsquo;all\u00e8gent, comme soulev\u00e9s par deux grandes ouvertures, qui ne donnent sur rien de visible sinon leur propre arrondi, leur propre \u00e9l\u00e9vation.<br \/>\nDevant, sur le mur du fond, il y a un grand tableau rectangulaire, dessin ou peinture monochrome, dont le th\u00e8me se devine \u00e0 peine.<br \/>\nPeut-\u00eatre ce sont trois personnages, dont deux sembleraient danser. Le plus grand, soulev\u00e9 (lui aussi) et volant au dessus du plus petit, se penche vers lui. Le troisi\u00e8me est \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, plus statique. Tous les traits sont courbes.<br \/>\nLe photographe, baignant dans la lumi\u00e8re faible, dans la couleur gr\u00e8ge et granuleuse des murs, s&rsquo;est sans doute arr\u00eat\u00e9 pour prendre la photo. Il a bloqu\u00e9 un instant sa respiration, lev\u00e9 les yeux, l&rsquo;esprit du tableau palpitant faiblement, au centre de son champ de vision.<\/p>\n<p><em>(tu repenses \u00e0 cette nuit douce et noire, \u00e0 un concert dont les musiciens semblaient emport\u00e9s par leur propre musique, martel\u00e9e et irradiante, dans le spectre glac\u00e9 des projecteurs.<br \/>\nUne jeune femme dansait avec imp\u00e9tuosit\u00e9 un peu plus bas dans l&rsquo;herbe sombre, et un petit gar\u00e7on sautait, tourbillonnant face \u00e0 elle, et finissait par tomber \u00e0 la renverse, gagn\u00e9 par toute cette ardeur. De temps en temps, elle s&rsquo;arr\u00eatait pour remonter son bustier, pour finalement s&rsquo;asseoir sur le sol, tordant en chignon ses longs cheveux.<br \/>\nL&rsquo;homme assis dans le rang devant toi se penchait en arri\u00e8re, contre le dossier flexible de son si\u00e8ge, et son dos effleurait alors tes genoux.<br \/>\nIl y avait beaucoup de choses r\u00e9unies : ce d\u00e9lire de sons, de lumi\u00e8res et de mouvements, la sensation chaude et immobile de ce dos&#8230;les limites du temps imparti pour cela.<br \/>\nEt puis les derniers accords, les applaudissements prolong\u00e9s, et dans le calme revenu, le d\u00e9part lent des spectateurs qui descendent des gradins, partent en petits groupes dans toutes les directions.) <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I c&rsquo;est une pi\u00e8ce &#8230;..rectangulaire, \u00e9troite et nue. 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