Claire Ceira

Focale (12)

par claire le 19 juin, 2018

C’est dimanche, dans les rues à cette heure il n’y a que des petits garçons, suivant les longs trottoirs du début d’après-midi. Ils patrouillent, sillonnent, c’est leur terrain leurs rues leur quartier depuis qu’ils sont nés, ils rasent le métal terni des carrosseries, et lorgnent tout en se déplaçant le contenu des caniveaux. Ils cherchent la maraude, la chose nouvelle à faire. Un photographe photographie les murs.
La danse des petits garçons narquois devant l’objectif, devant le grand mur crasseux, comme un écran pour leur film intérieur, devant les volutes du mot « Love » écrit à la craie plusieurs fois. Danser sans chercher la beauté, juste pour le déséquilibre, juste pour être regardé. Le L majuscule est écrit à l’ancienne, au milieu des prénoms accouplés, tout est un peu usagé, comme le tee shirt rayé du plus hardi, le danseur improvisé, celui dont le second imite les gestes : bras en croix, le corps penché d’un côté, la tête tournée de l’autre, et le regard tordu vers l’objectif. Tout est doucement sali, pauvre, sauf leurs yeux brillants comme des joyaux, sauf leur énergie. Ils n’ont pas même conscience de leurs mouvements : il s’agit seulement de rire.

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