Claire Ceira

corpus

par claire le 25 novembre, 2020

Près de Marseille il y a le C.I.R.V.A. (Centre international du verre et des arts plastiques).

Une équipe de verriers travaille là, des verriers qui sont allés se former dans tous les endroits où se pratique l’art du verre. Les artistes viennent à leur tour du monde entier pour un travail en commun qui dure parfois des semaines ou des mois. Ils habitent sur place, tout le monde prend ses repas ensemble et c’est ainsi que s’élabore l’œuvre, les idées des artistes rencontrant la technique des artisans, leur expérience, leur souffle, leurs gestes, les contraintes du matériau. Il y a ce qui est possible et ce qui ne l’est pas, il y a le poids de la pâte de verre, il y a les nombreuses fois où le verre casse, il y a la brûlante bouche du four, l’idée qui se modifie, la couleur, les transparences et les opacités, le tout petit et le monumental. Lors de l’exposition qui s’y est tenue, on voyait une vidéo qui parlait de tout cela, montrait le travail en train de se faire. Je me souviens de cette sculpture en verre pour laquelle deux verriers tenaient chacun à bout de canne une énorme boule de verre liquide et, face à face, après un mouvement de balancement, les agrégeaient l’une à l’autre. Et ainsi plusieurs fois. On voyait l’œuvre finale, sa beauté hasardeuse et coalescente. J’ai repensé à ce que je disais en plaisantant d’un jeune peintre qui « peint vraiment », sur la toile ou le papier, avec un long pinceau : qu’il avait de belles épaules. Les maîtres verriers ont de belles épaules, et un thorax bien développé. Les artistes ont de beaux yeux, forcément. On donnerait cher pour vivre quelques semaines de ce genre de travail commun. Je pense toujours au « duende » cher à Lorca quand plusieurs personnes créent ensemble.

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